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Actualités - Chronologie

Les Albanais de Pristina sortent de leurs abris

Massée dans un virage, à quelques mètres de la mosquée Xhania e Llapit, la foule, plus nombreuse à chaque minute, acclame les soldats britanniques en position sur leur char : les Albanais de Pristina, terrés chez eux pendant la guerre, osent à nouveau se montrer et manifester. Et de quelle façon ! Les blindés Warriors qui viennent de prendre position à cet endroit, sur la route de Nis (sud de la Serbie) se couvrent de roses rouges. Il flotte un parfum de «Révolution des œillets» à l’albanaise, où civils albanophones et soldats de la Kfor fraternisent, avec une réserve pourtant chez les militaires. La scène se déroule à la lisière du vaste quartier albanais Kodra e Trimave (anciennement Vranjevo), où vit 70 % de la population de Pristina. «Ce quartier a été la principale cible de répression par les milices serbes, surtout pendant les bombardements de l’Otan, beaucoup d’hommes y ont été arrêtés», explique Naïm. À cinquante mètres de lui, Shaip Kaçim, 45 ans, raconte qu’il est sorti de prison il y a quatre jours, après y avoir passé un mois en compagnie d’un médecin kosovar albanais. Rien d’étonnant à ce que la foule ne soit composée, presque exclusivement, de femmes de tous âges, d’adolescents et d’enfants. Vers 11h15 heure locale (09h15 GMT), lorsqu’arrivent les premiers Warriors, ils ne sont que trois cents environ, juchés sur un talus. Une demi-heure plus tard, un millier de personnes, puis bientôt 1 500 crient, chantent, lèvent les bras, font le signe de la victoire. «Nato! UCK!», scandent les manifestants. Mais aussi : «Nous donnons nos vies, mais pas le Kosovo». Chaque blindé britannique est accueilli par des salves d’applaudissements. On tente de monter sur les blindés. Les jeunes soldats sourient, risquent quelques gestes d’amitié, poing fermé et pouce levé. Debout sur un Warrior, un traducteur officiel de la Kfor répète sporadiquement le même message : «Descendez, restez calmes!». La roue de l’Histoire est en train de tourner, Pristina, fief des forces de sécurité serbes, change de camp. Quelques Kosovars albanais, debout dans une rutilante décapotable, passent en criant. Ses occupants serbes à bord, une voiture immatriculée à Pristina quitte la ville. Sur le toit, deux mètres cubes de bagages. Passe une fourgonnette, serbe elle aussi. À bord, un militaire exhibe brièvement à la fenêtre une arme, pistolet ou revolver, avant de la remiser à l’intérieur du véhicule. Puis plusieurs jeeps blindées de l’armée serbe, conspuées par la foule, empruntent le même parcours, puis un véhicule bâché d’où émergent une vingtaine de Kalachnikov, canon dressé vers le ciel. Quelques instants auparavant, une dizaine de Warriors s’étaient dispersés pour tenir les principales positions en ville, et des soldats britanniques en position de tir, courbés ou agenouillés remontaient à pied la rue jusqu’à la mosquée Xhania e Llapit.
Massée dans un virage, à quelques mètres de la mosquée Xhania e Llapit, la foule, plus nombreuse à chaque minute, acclame les soldats britanniques en position sur leur char : les Albanais de Pristina, terrés chez eux pendant la guerre, osent à nouveau se montrer et manifester. Et de quelle façon ! Les blindés Warriors qui viennent de prendre position à cet endroit, sur la route de Nis (sud de la Serbie) se couvrent de roses rouges. Il flotte un parfum de «Révolution des œillets» à l’albanaise, où civils albanophones et soldats de la Kfor fraternisent, avec une réserve pourtant chez les militaires. La scène se déroule à la lisière du vaste quartier albanais Kodra e Trimave (anciennement Vranjevo), où vit 70 % de la population de Pristina. «Ce quartier a été la principale cible de répression par les milices...