La paix à portée de main dans les Balkans, l’Onu se trouve face à l’un de ses plus grands défis : assurer le retour d’un million de réfugiés dans un Kosovo démocratique et relevé de ses ruines. «La tâche est immense» dans cette province vidée des ses habitants par les violences serbes et dont les principales infrastructures ont été détruites par plus de onze semaines de bombardements alliés, affirment diplomates et responsables de l’Onu. Les deux émissaires de l’Onu pour les Balkans, l’ancien Premier ministre suédois Carl Bildt et le ministre slovaque des Affaires étrangères, Eduard Kukan, devaient informer mercredi les quinze membres du Conseil de sécurité de l’état des préparatifs des Nations unies. M. Bildt a estimé mardi à Genève que la reconstruction du Kosovo représenterait la plus grande entreprise du genre depuis la Deuxième Guerre mondiale. «La tâche est plus exigeante, plus difficile, plus dangereuse qu’en Bosnie», a dit M. Bildt. Les grandes puissances du G8 ont décidé mardi à Cologne de confier à l’Onu l’administration civile dans la province serbe qui devra se mettre en place dès le déploiement d’une force de 50 000 hommes à dominante Otan. Le Conseil de sécurité de l’Onu devait entériner cette décision dans une résolution qui invite aussi le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan à désigner un représentant spécial qui sera responsable de la mise en œuvre de tout le volet civil du plan de paix. Après avoir été tenue à l’écart par l’Otan lors du déclenchement de la guerre le 24 mars puis pendant les négociations avec Belgrade et Moscou, l’Onu a retrouvé avec la paix un rôle essentiel, ont estimé les diplomates. Kofi Annan a beaucoup insisté auprès des dirigeants occidentaux, au cours de sa longue tournée européenne en mai, pour que le rôle des Nations unies soit renforcé. Il a envoyé en ce sens, à la fin de la semaine dernière, un mémorandum en sept points aux membres du G8 dont plusieurs ont été repris dans l’accord de Cologne, selon un diplomate occidental. Il rejoignait ainsi une demande constante des Russes et des Chinois qui voient dans l’Onu un contrepoids à la prédominance des Occidentaux. Préparatifs accélérés Facteur décisif, les principaux pays européens, soucieux de restaurer la légalité internationale, ont aussi renoncé à exiger pour l’Union européenne la direction des opérations civiles. En prévision de cette décision, l’Onu a récemment accéléré ses préparatifs. Mais beaucoup reste à faire, à commencer par la nomination par Kofi Annan du représentant spécial, futur administrateur du Kosovo. Celui-ci devrait être un Européen, étant donné que l’UE sera le principal financier de la reconstruction évaluée par le président de la Commission européenne Romano Prodi «entre 5 et 6 milliards d’euros par an pendant au moins 5 ans». Carl Bildt, ancien haut représentant civil en Bosnie, est considéré par beaucoup comme «le candidat idéal», mais Washington – et la secrétaire d’État Madeleine Albright – y sont toujours fermement opposés, selon diplomates et officiels de l’Onu. Le nom de l’actuel président de l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe, Knut Vollebaeck, ministre norvégien des Affaires étrangères, a également circulé. Il a rencontré M. Annan mardi à New York. L’Onu va coiffer quatre secteurs : les réfugiés, la reconstruction, la mise en place d’institutions démocratiques et la police. Et les coûts sont à la hauteur des difficultés attendues : rien que pour financer jusqu’en décembre l’aide aux quelque 1,5 million de réfugiés et déplacés, le Haut commissariat aux réfugiés a besoin de près d’un demi-milliard de dollars. Le HCR estime que 50 % des maisons ont été endommagées et détruites et dit s’attendre au retour possible de 400 à 500 000 réfugiés dans les trois à quatre mois à venir.
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