Les élections européennes sont perçues en France avant tout comme une élection-test nationale, après le bouleversement du paysage politique provoqué par la dissolution de l’Assemblée nationale il y a deux ans. Les partis politiques s’affrontent une fois de plus sur des questions franco-françaises et laissent de côté le débat sur l’Europe : mis à part le traditionnel affrontement entre pro-européens et souverainistes à gauche comme à droite, l’enjeu de ces élections se résume à photographier l’état de recomposition du paysage politique français. La guerre du Kosovo, au centre de l’attention des Français, a à peine ranimé la discussion sur la nécessité d’une défense européenne face à l’Otan. Deux ans après la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée en 1997 par le président gaulliste Jacques Chirac, qui a conduit le socialiste Lionel Jospin et ses alliés Verts et communistes au pouvoir, la droite n’en finit pas d’essayer de renaître de ses cendres. En dépit de l’union de la droite appelée de ses vœux par le président Chirac, la confédération centriste pro-européenne UDF de François Bayrou a préféré faire cavalier seul et affronter dans un duel fratricide la liste d’union libéralo-gaulliste menée par le président par intérim du RPR Nicolas Sarkozy. La liste de Nicolas Sarkozy est créditée dans les sondages de 16% des voix, contre 10 % pour la liste de François Bayrou, tandis que la liste souverainiste de l’ex-ministre gaulliste de l’Intérieur Charles Pasqua et de Philippe de Villiers obtiendrait 11 % des voix. Cette division de la droite permet à la liste des socialistes menée par François Hollande de caracoler seule en tête avec 26 % des intentions de vote. Les socialistes au pouvoir bénéficient en effet d’une conjoncture économique favorable, à la tête d’une coalition solide malgré les dissensions internes sur la participation française aux frappes de l’Otan en Yougoslavie. Communistes et Verts restent discrets sur leurs désaccords pour ne pas gêner le gouvernement. L’affaire corse, premier scandale éclaboussant le gouvernement de gauche, ne semble pas avoir eu d’impact sur son électorat. Le plus haut représentant de l’État français dans l’île, Bernard Bonnet, a pourtant été mis en examen (inculpé) et écroué dans l’affaire de l’incendie criminel d’un restaurant de plage par des gendarmes placés sous son autorité. À gauche, la principale inconnue réside dans le score qu’obtiendra l’écologiste allemand Daniel Cohn-Bendit, ex-leader de Mai-68 en France et tête de liste des Verts français, crédité pour l’instant de 7 % des voix. À l’extrême droite de l’échiquier politique, le Front national de Jean-Marie Le Pen obtiendrait 8 % des voix, soit 2,5 % de moins qu’aux élections de 1994, payant le prix de ses divisions internes. L’ex-dauphin et rival de M. Le Pen, Bruno Mégret, qui a présenté sa propre liste, n’atteindrait pas pour sa part la barre des 5 % nécessaire pour être représenté à Strasbourg.
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