Rechercher
Rechercher

Actualités - Conferences Et Seminaires

Colloque Pour un développement des relations entre l'UE et le Liban

Pour la première fois depuis près de 15 ans, les habitants de Roum ont passé la nuit d’hier seuls. Comme dans un rêve, les miliciens de l’Armée du Liban-Sud ont évacué les positions qu’ils occupaient dans ce village, afin de se regrouper à Jezzine qu’ils quitteront d’ici la fin de la semaine. Ce qui n’était jusqu’à présent que des rumeurs, des souhaits ou des craintes est désormais un processus irréversible, qui provoque toutefois certaines appréhensions. Le soulagement d’être enfin libres se teinte chez les habitants de la région d’inquiétude pour l’avenir : qui comblera le vide, quel sera le sort des 160 personnes ayant collaboré avec l’ALS et qui ont décidé de ne pas se replier vers Marjeyoun ? Enfin et surtout, quels seront les rapports de Jezzine avec le Hezbollah et les autres formations ? À toutes ces questions et à bien d’autres non encore formulées ne répondent pour l’instant que des promesses officieuses et des déclarations de bonnes intentions. À Jezzine et dans ses environs nul ne craint réellement une réédition de l’exode des chrétiens des villages de l’est de Saïda en 1985. Nul non plus ne pleure vraiment le général Lahd, mais l’angoisse est là, car, après tout, cette légalité tant attendue reste une inconnue pour ceux qui ont été pendant des années les oubliés de toute solution et même de la résolution 425. De prime abord, on dirait que rien n’a changé au barrage de Bater tenu par les miliciens de l’ALS. Rien n’indique que les hommes du général Lahd s’apprêtent à vider les lieux, si ce n’est une certaine nonchalance dans l’attitude. À l’entrée de Jezzine, l’immense caserne (construite par le patriarche Méouchy qui voulait en faire un orphelinat) est même très animée, chacun venant aux nouvelles. La construction de fortifications en béton se poursuit et l’espace d’un instant, on a l’impression que toutes les rumeurs sur un retrait de l’ALS sont un immense canular. Mais il faut écouter les conversations pour comprendre qu’il n’en est rien. Ainsi, l’ALS s’apprête à s’en aller, le général Antoine Lahd vient de le confirmer. Les habitants de Jezzine et de ses environs ne sont pas peu fiers de souligner que c’est un peu grâce à eux que ce retrait va s’effectuer, puisque dans son communiqué, Lahd mentionne la pression exercée par les habitants afin qu’il quitte la région, la présence de ses hommes provoquant les attaques de la résistance. À Jezzine, tout le monde en est convaincu, les hommes de l’ALS ne pouvaient plus tenir cette région qui regroupe 22 villages et abrite pour l’instant quelque 4 000 personnes. «Ils étaient littéralement harcelés par la résistance, raconte Maroun, et malgré toutes leurs précautions, ils étaient régulièrement la cible d’attaques. Ils avaient tellement peur qu’ils décidaient de fermer le barrage à des heures indues, contrairement aux instructions reçues. Et ils ne se déplaçaient plus qu’en longeant les voitures civiles». D’ailleurs, pour se protéger, ils ont abattu tous les arbres des deux côtés de la route Roum-Jezzine, allant même jusqu’à arracher l’asphalte pour éviter que les mines n’y soient dissimulées. Un retrait unilatéral et sans conditions La décision de retrait n’est-elle pas quelque peu précipitée ? «Non, répond l’ancien député et ministre Edmond Rizk qui s’est installé dans sa maison à Jezzine pour y vivre ce moment historique. Cela fait longtemps que nous réclamons le retour de Jezzine dans le giron de la légalité. À mon avis, ce n’est nullement un piège israélien, pour dissocier les volets libanais et syrien, puisque Lahd se retire unilatéralement sans conditions...» Pour l’instant, les miliciens n’ont pas encore commencé à démanteler leurs positions à Jezzine, notamment les installations de la caserne, l’artillerie de Aïn el-Togra (d’où Saïda a été bombardée) et le barrage de Bater. Sur la route Roum-Jezzine, où sont généralement plantées les mines, une patrouille de l’ALS effectue une tournée à pied. Les miliciens sont précédés par une dizaine d’Indiens, chargés de détecter les mines, car ils n’ont plus suffisamment d’effectifs pour accomplir cette mission. Lentement, ils avancent le long de cette route peu fréquentée, tous les sens aux aguets. Ils doivent évacuer leur position à Roum et craignent que leurs véhicules ne soient la cible d’attaques. Soudain, vers 14h30, c’est l’explosion. Les miliciens se sont éloignés à temps, mais ils dressent aussitôt des barrages de sécurité. C’est l’heure du passage des autocars de l’école ND de Machmouché et chauffeurs et parents d’élèves sont pris de panique. Le supérieur du couvent, père Boulos Khawand, prend alors les choses en main. Au volant de sa voiture, il prend la tête du convoi…Les uns après les autres, les autocars se lancent sur la route encore embrumée par la fumée de l’explosion. C’est peut-être la dernière avant longtemps, puisque quelques heures plus tard, les miliciens de l’ALS auront évacué Roum. Quel sera le sort de ce village ? Le chef de la municipalité, Abou Ajaj n’est pas vraiment inquiet. «Depuis plus d’un an, les villages de Saïdoun et d’Anan ont été évacués par l’ALS et rien ne s’y est passé. Ce qui compte c’est qu’il y ait une décision de ne pas ouvrir la région à tout le monde. En ce qui nous concerne, nous multiplions les contacts avec les différentes parties pour éviter les bavures. Le député Moustapha Saad a été très coopératif…» Mais il y a aussi Amal et le Hezbollah. Les habitants craignent de faire les frais de la rivalité entre ces deux formations et ils misent beaucoup sur la légalité, cette légalité qui jusqu’à présent ne s’est que très discrètement manifestée. Les notables de la région croient à une solution qui permettrait à l’unité de l’armée en poste à Homsiyé depuis plusieurs années et qui regroupe quelque 280 soldats de prendre en charge les barrages de Bater et de Kfarfalous, afin de contrôler les entrées et sorties dans la région, alors que 100 agents des FSI viendraient renforcer les 7 gendarmes de Sfaray et les 7 autres de Jezzine. De la sorte, il ne sera nul besoin d’envoyer des unités de l’armée sur place et la région sera relativement préservée. Mais jusqu’à hier, les soldats et les gendarmes affirmaient n’avoir reçu aucune instruction précise à ce sujet. Les habitants attachent quand même beaucoup d’espoir à cette formule car, pour eux, c’est le seul moyen de lutter contre la peur, cette ennemie toujours présente et souvent incontrôlable. Mais de quoi ont peur au juste les habitants de Jezzine et de ses environs ? «Des vendettas, des délations et surtout de l’utilisation par la résistance de Jezzine comme base des opérations contre la zone occupée, car Lahd a menacé de bombarder nos villages en guise de représailles» répond Toufic, un habitant de Azour. Se tournant ensuite vers la montagne couverte de genêts éclatants, il demande : «Savez-vous qu’au printemps, on l’appelle la montagne d’or ? J’aimerais tellement y voir des enfants courir en liberté. Sommes-nous condamnés à voir nos villages déserts et nos vies marquées par la tragédie ? ». Ce rendez-vous avec la légalité, les habitants de Jezzine l’auraient voulu plus franc, plus complet. Mais aujourd’hui, au lieu de laisser éclater leur joie, ils sont remplis d’appréhension et les 160 membres de l’ALS qui ont choisi de rester à Jezzine ne sont pas leur moindre problème, puisqu’ils sont, pour la plupart, originaires de la région. Jeudi, ces miliciens annonceront leur volonté de se mettre à la disposition de l’État. Mais la question n’est pas pour autant réglée.
Pour la première fois depuis près de 15 ans, les habitants de Roum ont passé la nuit d’hier seuls. Comme dans un rêve, les miliciens de l’Armée du Liban-Sud ont évacué les positions qu’ils occupaient dans ce village, afin de se regrouper à Jezzine qu’ils quitteront d’ici la fin de la semaine. Ce qui n’était jusqu’à présent que des rumeurs, des souhaits ou des craintes est désormais un processus irréversible, qui provoque toutefois certaines appréhensions. Le soulagement d’être enfin libres se teinte chez les habitants de la région d’inquiétude pour l’avenir : qui comblera le vide, quel sera le sort des 160 personnes ayant collaboré avec l’ALS et qui ont décidé de ne pas se replier vers Marjeyoun ? Enfin et surtout, quels seront les rapports de Jezzine avec le Hezbollah et les autres formations ?...