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Actualités - Opinion

Tribune La force, mode d'emploi

Qui attend quoi de cette guerre du Kosovo ? Une Yougoslavie qui a tout perdu sauf son Milosevic, la quasi-totalité des Kosovars exterminés ou réduits à l’état de gueux errants, une liste de bavures qui s’allonge à mesure que les «sorties» se multiplient, quinze milliards de dollars déjà crachés par les canons et les avions, un grand morceau d’Europe ramené à l’âge de pierre, un islam mécontent, une grande partie de la chrétienté en colère, des Alliés embarrassés, une Chine antagonisée, une Russie hostile, une Europe déstabilisée au moment même où elle commence à s’unir, une Amérique ivre de sa toute puissance et qui couvre de son triomphalisme sonore une sourde envie de négocier avec celui qu’elle veut éliminer ; où va le monde ? Dans cette folie généralisée, l’Otan, organisation créée pour se défendre contre un ennemi qui a eu le bon goût de disparaître sans la déranger, s’érige maintenant en policier de la planète. Non satisfaite de détruire ce qui lui tombe sous la dent dans son voisinage immédiat, elle vient de s’octroyer le «droit» d’aller chercher, loin de l’Atlantique-Nord, de nouveaux terrains d’exercice. Ici, dans ce Moyen-Orient en perpétuel remous, nous avons lieu de craindre, depuis cette singulière décision, une «intervention» de style saddamien ou milosevicien, pour peu que quelqu’un, ici ou là, se tienne mal. Nous connaissons cette musique macabre : au lieu d’abattre les dictateurs, on les conforte en affamant ou en massacrant les peuples qu’ils dominent. Combien de Cuba, d’Irak, de Libye, de Yougoslavie faudra-t-il pour que ces expériences d’apprentis-sorciers servent enfin de leçon ? Jusqu’où les inventeurs de cette politique forcenée s’acharneront-ils à obtenir avec autant d’art que de violence le contraire de leurs objectifs ? N’est-il pas temps que les pays, dont la puissance culmine sur terre et dans le ciel, se rendent compte qu’il ne suffit pas d’être les plus forts pour tout se permettre, simplement parce qu’ils sont invulnérables ? Les bonnes intentions déclarées (à supposer qu’elles existent) n’autorisent pas une telle profusion de contresens. Corriger le monde, le démocratiser au besoin par la force, le vouloir à son image (et préférablement à sa merci), tout cela donnera inévitablement naissance à des formes imprévisibles de résistance et de révolte. Que dire aussi de l’amertume explosive des peuples qui ont connu l’exode et les persécutions ethniques (Rwandais, Palestiniens, Kurdes, Indonésiens, etc.) et qui n’ont guère suscité chez de supposés «bienfaiteurs» quelque manifestation guerrière que ce soit contre leurs tortionnaires ? Si nobles que soient les objectifs de cet Occident (à coloration américaine), force nous est de reconnaître que les interventions de celui-ci n’ont que trop souvent accru les abus des plus forts contre les plus faibles. Ceux qui seraient tentés de croire à l’efficacité d’une action de force venue de l’extérieur doivent craindre qu’au lieu d’éteindre les incendies, une telle aventure ne mette plutôt de l’huile sur le feu. C’est parce que, malgré tout, une partie de nous-mêmes adhère pleinement à cet Occident en raison des valeurs qu’il porte, que nous souhaitons ardemment le voir mettre, dans ses méthodes et ses moyens, la mesure qu’il faut pour atténuer une suprématie que l’absence d’émule lui a obligeamment octroyée.
Qui attend quoi de cette guerre du Kosovo ? Une Yougoslavie qui a tout perdu sauf son Milosevic, la quasi-totalité des Kosovars exterminés ou réduits à l’état de gueux errants, une liste de bavures qui s’allonge à mesure que les «sorties» se multiplient, quinze milliards de dollars déjà crachés par les canons et les avions, un grand morceau d’Europe ramené à l’âge de pierre, un islam mécontent, une grande partie de la chrétienté en colère, des Alliés embarrassés, une Chine antagonisée, une Russie hostile, une Europe déstabilisée au moment même où elle commence à s’unir, une Amérique ivre de sa toute puissance et qui couvre de son triomphalisme sonore une sourde envie de négocier avec celui qu’elle veut éliminer ; où va le monde ? Dans cette folie généralisée, l’Otan, organisation créée...