«On ne naît pas femme, on le devient», affirme Simone de Beauvoir dans son ouvrage «Le Deuxième sexe», auquel est consacré, pour le cinquantenaire de sa parution, un colloque international à Paris sous le haut patronage de l’Unesco et du ministère de la Culture. Au fil du temps, la phrase célèbre de la philosophe est devenue le point central de toute théorie féministe, fondée sur le refus d’un destin biologique féminin, et le livre de Simone de Beauvoir, traduit dans le monde entier, reste aujourd’hui l’analyse la plus achevée sur la condition féminine. Cependant, sa parution en 1949 au lendemain de la guerre s’accompagne d’un fort parfum de scandale. Les milieux catholiques sont offusqués par l’analyse de la sexualité féminine, et les communistes trouvent le livre réactionnaire. Dans les années cinquante, des enseignants sont blâmés pour avoir fait lire à leurs élèves Simone de Beauvoir. Il faut attendre 1968 pour que «Le Deuxième sexe», qui démonte l’oppression des femmes par les hommes, devienne le texte de référence de la libération des femmes. Depuis, il inspire des générations de femmes qui, à travers le monde, se battent pour l’égalité hommes-femmes. Ménage à trois Lorsque Simone de Beauvoir, née en 1908 à Paris dans un milieu aisé et intellectuel, publie «Le Deuxième sexe», elle a atteint la quarantaine et a quitté l’université pour se consacrer à l’écriture. Elle a déjà publié notamment «L’Invité» 1943, roman qui raconte la vie d’un ménage à trois. Elle est également devenue membre du premier comité de rédaction des Temps modernes (1945). Selon l’historienne Michelle Perrot, qui a dirigé avec Georges Duby les cinq volumes de «L’histoire des femmes en Occident», Simone de Beauvoir est «le produit du lent mouvement qui a vu depuis le début du XXe siècle les filles accéder à l’instruction». Élève du cours Désir, dans le quartier parisien de Saint-Germain des Prés, étudiante à la Sorbonne dans les années 20, elle rencontre rue d’Ulm ses camarades Sartre, Aron et Nizan avec lesquels elle a des relations très égalitaires. Devenue à 21 ans la plus jeune agrégée de France, elle enseigne la philosophie dans les lycées de jeunes filles durant les années trente. Simone de Beauvoir fait donc partie de ces femmes, alors de plus en plus nombreuses, qui accèdent aux professions intellectuelles. Lorsqu’elle décide d’écrire son autobiographie, sa condition de femme ne lui pèse pas, mais la philosophe se demande «ce que signifie être une femme». S’inspirant de son expérience personnelle, elle écrit «Le Deuxième sexe», sans penser que sa thèse deviendrait un essai majeur de ce siècle. Théoricienne du féminisme, Simone de Beauvoir en deviendra vingt ans plus tard une active militante, notamment dans les luttes pour le droit à l’avortement et à la contraception et contre la banalisation du viol.
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