M. Yitzhak Mordehaï, le nouveau rival du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour les élections du 17 mai en Israël, est un militaire taciturne, aux manières simples, qui jouit d’une grande popularité. Premier sépharade (juif oriental) de l’histoire d’Israël à avoir une bonne chance de devenir Premier ministre, M. Mordehaï faisait figure de modéré dans le gouvernement Netanyahu même si, en tant que ministre de la Défense, il a couvert un regain de colonisation juive dans les territoires occupés. Les qualités de dirigeant de ce général de réserve, qui n’a jamais réussi à atteindre le plus haut niveau de l’armée en trente ans de carrière, restent à établir, de même que ses convictions idéologiques. Mais ses deux ans et demi au ministère de la Défense auront réussi à en faire, à 54 ans, l’homme politique consacré par les sondages comme le plus populaire d’Israël. Son physique carré et solide et ses allures de macho cachent un homme affable, au contact facile et direct, mais aux piètres qualités d’orateur. Né en Irak, d’origine kurde, M. Mordehaï a passé cinq ans dans un camp de transit à son arrivée en Israël, ce qui lui donne une image d’homme du peuple dont il sait user. Son charisme l’a propulsé sur le devant de la scène politique dès son départ de l’armée en 1995. Mais déjà, ses hésitations transparaissent lorsqu’il flirte avec le Parti travailliste avant de rejoindre le Likoud de M. Netanyahu. Le doute qu’il a laissé planer depuis un mois sur son départ du Likoud a renforcé cette image. «M. Mordehaï apparaît de plus en plus comme un homme qui n’assume pas ses décisions, comme quelqu’un qui veut avoir le beurre et l’argent du beurre», écrit le commentateur Uzi Benziman dans le quotidien Haaretz. M. Mordehaï donne l’impression de réagir aux décisions des autres plutôt que de conduire son destin. C’est lorsque la route de l’état-major s’est fermée devant lui qu’il a quitté l’armée. C’est parce que le Premier ministre d’alors, Shimon Peres, lui refusa la direction de la sûreté de l’État (Shin Beth) qu’il adhéra au Likoud plutôt qu’au Parti travailliste. C’est en partie parce que M. Netanyahu a refusé de lui garantir son maintien à la Défense qu’il a pris la tête ce week-end du nouveau parti centriste. Son refus d’assumer transparaît encore lorsqu’il affirme avoir été informé «seulement cinq minutes à l’avance» de la décision de M. Netanyahu, en septembre 1996, d’ouvrir un souterrain longeant l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem-est occupée, une mesure qui déclencha des émeutes sanglantes dans les territoires. Il récidive un an plus tard en ne se disant informé «que dans les grandes lignes» du projet, qui tourna au fiasco, d’assassiner en Jordanie un dirigeant intégriste palestinien, M. Khaled Mechaal. En janvier 1998, il annonce qu’il démissionnera du gouvernement si M. Netanyahu ne mène pas dans les trois mois un retrait militaire tant attendu en Cisjordanie. Le Premier ministre n’en fit rien et M. Mordehaï resta à son poste, où il œuvra aux accords de Wye Plantation d’octobre dernier. La prudence et la modération de M. Mordehaï lui ont attiré le soutien des États-Unis qui l’ont encouragé ouvertement à jouer un rôle important dans les élections de mai prochain. C’est sous l’influence de M. Mordehaï qu’Israël décida l’an dernier de reconnaître, pour la première fois, la résolution 425 du Conseil de sécurité de l’Onu stipulant l’évacuation israélienne du Liban-Sud. Mais les conditions attachées par Israël à cette reconnaissance ont jusqu’ici empêché tout retrait. Divorcé au début des années 90 de sa première épouse, dont il a eu deux enfants, M. Mordehaï s’est remarié, il y a deux ans, avec son ancienne secrétaire qui a l’âge de sa fille, ce qui a suscité quelques froncements de sourcils. Le couple a eu un garçon.
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