L’ancêtre de la reliure se présentait sous la forme de papyrus enroulés, attachés avec des lanières et des bouts de bois. Au début de l’ère chrétienne apparaît le livre relié, lorsque le papyrus ou le parchemin ont été découpés en rectangles. Les feuillets ainsi obtenus étaient reliés par un ou deux fils sur des bandes de cuir et placés entre des plaques de bois qui avaient, au préalable, reçu la cire et les inscriptions. On a commencé ensuite à sculpter, décorer de couleurs et recouvrir de cuir orné les airs : ce sont les codex, dont les premiers exemplaires romains étaient des notices destinées aux dignitaires impériaux; le codex, recouvert de cuir, orné de vignettes d’or disposées en losange et d’un portrait de l’empereur, se portait suspendu à la ceinture. On connaît de la même époque des manuscrits coptes, retrouvés en Égypte, reliés de la même technique mais décorés de cuir ciselé. Au VIe siècle, la reliure s’effectue dans les monastères de France et d’Angleterre. Charlemagne autorise les abbayes à chasser pour se procurer les peaux nécessaires à la reliure. Les reliures sont ornées d’émaux (reliures byzantines), de motifs d’or ou d’argent, de plaques d’ivoire (reliures d’orfèvrerie). Les livres sont maintenus fermés par des fermoirs en métal ou par des lanières de cuir. «Les livres étaient aussi lourds que leurs seigneurs féodaux». Au siècle suivant est remplacé par des cartons fermés de feuilles de papier collés, parfois d’anciens manuscrits, de sorte qu’on a retrouvé des textes en décollant des reliures. Au XVe siècle, la dorure apparaît en Italie. Les peaux de veau et de maroquin, le parchemin, sont employés et décorés à chaud pour recouvrir les livres. Les relieurs des rois de France adoptent des styles différents : salamandre pour François Ier, initiales et un croissant pour Henri II; motifs funèbres pour Henri III… Partout, cependant, fleurissent emblèmes et armoiries. On emploie surtout le maroquin rouge ou vert. Au XVIIIe siècle, les relieurs réalisent de très fines dentelles de dorure. Le mouton, le veau, marbrés ou racinés, et le maroquin sont employés pour les couvertures, les dos à nerfs sont ornés de pièces de titre, et les tranches sont dorées. Le début du XIXe est marqué par le style Empire, remplacé par les reliures romantiques «à la cathédrale» et par les reliures imitées du XVIIIe siècle. La fin du siècle voit apparaître des reliures parlantes, dont la décoration reproduit des dessins, emploie des images, des motifs floraux. Marius Michel a été le premier novateur, avec ses reliures basées sur l’utilisation de la flore stylisée. Pierre Legrain, grand créateur des années 30 et subjugué par le cubisme et les arts primitifs, est l’instigateur d’une reliure «intellectuelle», au décor dépouillé et symbolique. Enfin, Paul Bonnet, que beaucoup considèrent comme le plus grand, a été «révolutionnaire», tant pour ses choix des matériaux que pour ses décors. Dans ces derniers, ses irradiantes en or restent les plus célèbres. D’autres grands relieurs ont permis une réelle éclosion de la reliure, art indépendant, mais aussi au service du livre et surtout du texte.
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