L’enfer des examens, qui ruine l’enfance des Japonais depuis des générations, ignore la trêve des confiseurs: afin de prévenir les tentations, certains parents ont décidé d’enfermer leurs enfants dix heures par jour dans des chambres d’hôtel pour un bachotage bien particulier. La tête ceinte d’un bandeau qui proclame qu’il est «Sûr de réussir l’examen», Takuma Horii, 11 ans, planche à l’hôtel Metropolitan, au centre de Tokyo, en compagnie d’autres victimes qui préparent les concours du mois de février. «Il est tellement impliqué que j’en suis ému aux larmes», proclame le tuteur de ces jeunes garçons, Ikuko Watanabe, qui conduit une séance d’entraînement de deux heures dans une des chambres étroites de l’hôtel. Horii appartient à un groupe de 22 élèves, âgés de 11 à 17 ans, qui participent à ce «Programme de préparation du Nouvel an», pour un prix qui permettrait à toute une famille de s’offrir des vacances au soleil. L’Institut japonais du tutorat, une société privée regroupant 75 000 enseignants à travers l’archipel, offre ce service très spécial depuis vingt-deux ans. Six des professeurs les plus expérimentés habitent l’hôtel et encadrent les élèves pendant cette session de bachotage intensif, indique Noboru Furukawa, le président de l’institut. Dix des vingt-deux enfants habitent aussi sur place «pour augmenter le niveau de concentration» tandis que les autres s’y rendent chaque jour. Rituel shinto Pour une des familles, la facture dépassera un million de yen (8 700 dollars), parce que trois parents habitent l’hôtel avec l’enfant. «Il est en effet préférable de créer un environnement qui permette à la famille toute entière de participer à la guerre des examens», explique M. Furukawa. Sans la prestation hôtelière, les cours coûtent 576 000 yen (5 000 dollars) pour six jours, avec 36 heures d’étude en tête-à-tête avec un enseignant, sans compter des droits d’inscription de 40 000 yen. Pour Takuma, la session représentait la première occasion d’être séparé de sa famille et de ses amis pour une nuit. Timidement, il indique qu’il est «très reconnaissant» à ses parents de lui offrir cet étrange cadeau de Noël. Toutefois, il indique que «la pression» provoque des éruptions cutanées sur son corps. «J’essaye de ne pas venir le voir parce qu’il a besoin d’être prêt mentalement pour les examens», dit sa mère, Akiko. M. Watanabe, un des enseignants, reconnaît que la tension nerveuse peut provoquer des dommages physiques. Il cite l’exemple d’un élève qui a perdu la vue. En dépit de la crise économique, les familles japonaises continuent à dépenser des fortunes dans l’éducation des enfants. «Une éducation supérieure est un capital que les parents transmettent à leurs enfants. Cela revient à constituer une épargne dont la valeur ne diminuera jamais», affirme M. Furukawa. Il réfute le sentiment de plus en plus répandu au Japon selon lequel la fréquentation d’une école prestigieuse n’est plus un passeport assuré vers la réussite sociale. La session commence traditionnellement par l’observation d’un rituel shinto, le culte animiste du Japon, dans une des chambres de l’hôtel. Un prêtre récite des prières pour le succès des élèves devant un autel qui porte les offrandes habituelles: riz, sel, encornet séché, légumes, fruits et poissons. La cérémonie se termine sur les slogans scandés à l’unisson par parents et enfants. Tomomi, 12 ans, qui refuse de donner son nom de famille, avoue être «un peu triste» de ne pas profiter des vacances. «S’il te plaît, enregistre les émissions de télévision pendant que je suis absent», dit-il à sa mère.
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