Le gouvernement américain s’efforce depuis près de trois mois dans le cadre du procès antitrust contre Microsoft, arrivé à mi-parcours, de prouver que le numéro un mondial a acquis un monopole grâce à une politique systématique d’intimidation de ses concurrents. Dans la plainte du gouvernement, à laquelle sont associés 19 États, Microsoft est accusé d’avoir utilisé son monopole sur le marché des systèmes d’exploitation, avec Windows, pour pousser son logiciel de navigation sur le Web, Internet Explorer, au détriment des produits de Netscape. Cette accusation est complétée par celles d’imposer des contrats restrictifs, des pratiques de prix prédatrices et des tentatives de division de marchés, un comportement favorisé par l’omniprésence de Windows sur neuf ordinateurs sur dix dans le monde. Les avocats de l’accusation se sont largement reposés sur des mémos internes à Microsoft et des pages de courrier électronique pour étayer leur plainte. Le gouvernement a également pimenté régulièrement les audiences d’extraits de l’enregistrement vidéo de la déposition de Bill Gates, PDG de Microsoft, soigneusement sélectionnés. Bill Gates y apparaît le plus souvent évasif, arrogant et étrangement peu au fait de certaines stratégies définies au sein de son groupe. Considéré comme un des piliers de l’accusation, le patron de Netscape, James Barksdale, a été le premier à accuser Microsoft, qui aurait tenté de convaincre le fabricant de logiciels de navigation sur le Web d’accepter une division de ce marché ou de risquer d’être écrasé. Il a été notamment suivi, à la barre, de responsables d’Intel, Apple, IBM, America Online et Sun Microsystems. Pour le groupe de Bill Gates, le rachat de Netscape par America Online, leader des services en ligne, pour plus de 4 milliards de dollars ne fait que refléter le rythme rapide d’innovation et de mutation dans l’industrie de la haute technologie et de l’Internet. «Le département de la Justice et ses économistes ont une vision complètement statique de cette industrie», a estimé David Heiner, un des avocats de Microsoft. «Pourquoi est-ce que Netscape vaut 4 milliards de dollars malgré le fait qu’il distribue gratuitement son logiciel de navigation», se demande pour sa part Bill Gates. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’en distribuant gratuitement son logiciel Explorer pour l’Internet dans Windows, Microsoft a poussé Netscape à donner son logiciel. Le rapprochement entre AOL et Netscape a fourni à Microsoft une rare satisfaction dans ce procès. L’État de la Caroline du Sud a estimé en effet que ce rachat et l’alliance entre AOL et Sun «prouvaient que les règles de la concurrence fonctionnaient» et s’est donc dissocié de la plainte. Le juge Thomas Jackson qui préside au procès a estimé que la transaction «pourrait fort bien avoir un impact immédiat sur la définition du marché», laissant entendre qu’elle pèserait au moment de prononcer des sanctions éventuelles. Steve Case, PDG d’AOL, ne voit pas très bien comment son groupe «pouvait, de quelque façon que ce soit, entamer le monopole de Microsoft dans le marché des systèmes d’exploitation». Mais les analystes estiment qu’AOL a pris les devants pour s’assurer une place de choix dans le domaine du commerce électronique qui s’annonce très lucratif. À la conclusion de la première partie du procès, Microsoft prévoit de déposer auprès du juge Jackson une motion pour rejet de la plainte, une pratique standard dans ces cas et qui a peu de chances d’être retenue puisque le juge a manifesté son intention d’écouter la version de Microsoft. Le groupe de Bill Gates prévoit d’envoyer à la barre neuf employés de Microsoft. Les avocats du gouvernement prévoient de mettre sur le grill chaque témoin, au maximum deux jours. Compte tenu des interventions des avocats de Microsoft, la conclusion du procès ne devrait pas intervenir avant début mars, alors qu’il était prévu, à l’ouverture le 19 octobre, initialement pour durer six à huit semaines.
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