Naviguer en ballon au gré des vents, des autorisations de survol et des ennuis techniques réclame de l’audace, des moyens mais aussi de solides connaissances scientifiques car ces chevaliers du ciel doivent savoir chevaucher les «courants jets» pour boucler au plus vite leur tour du monde sans escale. Après l’échec, le 25 décembre, du Britannique Richard Branson, six candidats sont encore en lice en ce début d’année. Parmi eux, l’équipe qui a les meilleures chances pourrait être celle de l’aérostat ReMax, prêt à partir vers la stratosphère samedi. Ce gigantesque ballon de 210 mètres de haut, gonflé à l’hélium et bâti sur le modèle des ballons stratosphériques de la NASA, aurait dû décoller le 27 décembre, mais une météo défavorable a obligé les aéronautes à reporter leur départ. Dans la stratosphère, située entre 10 et 50 kilomètres d’altitude, la route optimale va d’est en ouest. Plus bas, au-dessous de 12 à 13 kilomètres d’altitude, les aéronautes naviguent dans l’autre sens pour bénéficier des régimes de vent d’ouest des fameux «courants jet» («jet streams»), mis en évidence en 1944 et utilisés par les avions pour bénéficier de vents arrière favorables. Ces courants puissants, qui circulent entre 9 et 12 kilomètres d’altitude en moyenne, sont liés aux discontinuités de l’atmosphère provoquées par de forts contrastes de température. Ils se forment au niveau de la tropopause (limite supérieure de la couche atmosphérique basse) lorsque celle-ci subit des déformations sous l’effet des affrontements de masses d’air froid et chaud. Leurs variations de trajectoire et d’intensité ont aussi des répercussions importantes sur le temps au sol. Leur régime est plus puissant en hiver: 220 à 280 km/h sous nos latitudes, avec des pointes à 400 km/h, contre 110 à 130 km/h en été, précise Jacques Besse, responsable de la prévision aéronautique à Météo-France. En suivant strictement l’axe de ces courants — zone où la vitesse des vents est maximale —, on bénéficie de conditions de navigation calmes mais la tâche est difficile en ballon et les équipages doivent affronter de fortes turbulences à la périphérie des jet streams. De plus, en fonction de contrastes thermiques, les courants peuvent «onduler» et changer de direction, ce qui perturbe la navigation. En parachute Les courants jets connaissent moins de variabilité dans l’hémisphère sud en raison du moindre nombre de terres émergées, facteurs de plus grands contrastes de températures. La période de l’été austral est également plus favorable, l’aéronef glissant alors vers l’équateur plutôt que vers le pôle où il subirait des turbulences. Les météorologues peuvent prévoir, grâce à des modélisations, la trajectoire et l’intensité des jet streams 12 heures à l’avance. Mais ils sont difficilement observables. «ReMax devrait avoir plus de chance de rencontrer des vents circulaires favorables dans la stratosphère où la navigation n’est pas soumise aux aléas météorologiques», indique pour sa part Sylvain Justaut de la division ballon du CNES (Centre national d’études spatiales). Dans cette partie haute de l’atmosphère, les vents sont établis pour une plus longue période.
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