Le Premier ministre Nawaz Sharif veut renforcer l’islamisation du Pakistan — devenu une puissance nucléaire en 1998 — pour redonner des couleurs à son gouvernement malmené par la crise économique et confronté à une contestation politique grandissante. M. Sharif, après bien des hésitations, a pensé pouvoir redorer son blason, en mai, en procédant aux premiers essais nucléaires du pays en réponse à ceux effectués peu auparavant par l’Inde, le pays voisin et ennemi depuis un demi-siècle. Mais, ces explosions, le 28 mai dans le désert du Balouchistan, si elles ont provoqué partout dans le pays des manifestations de joie et de fierté, n’en ont pas moins eu un effet dévastateur en menaçant gravement la sécurité dans la région. Ces tests ont suscité l’ire de la communauté internationale, et des États-Unis en particulier, qui ont imposé des sanctions économiques mettant encore un peu plus à mal une économie déjà en piteux état en raison de décennies d’incurie des gouvernements successifs. Le pays a frôlé le défaut de paiement en septembre sous les effets conjugués de l’inflation qui a renoué avec un nombre à deux chiffres, une roupie qui a perdu en juin près de 50 % de sa valeur et des réserves de devises en constante diminution et évaluées à moins de 500 millions de dollars en décembre. La cessation de paiement — et donc du remboursement de la dette du pays, évaluée en fin d’année à plus de 32 milliards de dollars — a, sans doute, été évitée grâce à un accord avec le FMI pour une aide globale de 5,5 milliards de dollars réalisée non sans mal. Le prix à payer sera peut-être lourd pour la population déjà confrontée à un chômage endémique important. Bien qu’elles n’aient pas été révélées, beaucoup affirment que le FMI a imposé de fortes contraintes au pays: augmentations des prix des services publics, des impôts et peut-être même une nouvelle dévaluation de la monnaie. Une vieille recette Dans l’éventualité d’un mécontentement grandissant qui profiterait aux partis musulmans extrémistes, M. Sharif tente une recette vieille comme le Pakistan: l’islamisation du pays. La réforme de la Constitution en ce sens a été adoptée en septembre à l’Assemblée nationale où la Ligue musulmane de M. Sharif a une majorité écrasante. Elle ne rencontrera pas plus de réticences chez le président Rafiq Tarar, un intégriste très proche de la famille Sharif installé en 1997 à la magistrature suprême par le Premier ministre. En revanche, l’adoption de la Charia (loi coranique) par le Sénat reste très problématique dans la mesure où la constellation des partis de l’opposition, conduite par le Parti du peuple pakistanais de Benazir Bhutto y est résolument hostile. De nombreux partis des provinces du Sindh, du Balouchistan et de la Frontière du Nord-Ouest ont des représentants dans la Chambre haute. Ces partis sont souvent hostiles à M. Sharif qu’ils accusent de mener une politique ouvertement pro-pendjabie, du nom du Pendjab, la province la plus peuplée et la plus puissante du pays dont il est originaire. Le malaise le plus perceptible vient à cet égard du Sindh et plus particulièrement de Karachi, la capitale économique du pays, où plus de 3 500 personnes ont été tuées en trois ans. Dans cette province, les partis politiques régionaux, notamment ceux de la communauté des Mohadjirs — les musulmans venus de l’Inde lors de la partition en 1947 — se livrent une guerre qui a conduit M. Sharif à suspendre le gouvernement provincial (octobre) et à créer des tribunaux militaires d’exception (novembre). Des lors, le Premier ministre pakistanais aborde la dernière année du siècle dans une situation paradoxale: alors qu’il dispose de la quasi-totalité des pouvoirs après deux années passées à les consolider, il est le dos au mur.
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