Les échanges en euros s’étoffaient progressivement dans une ambiance toujours confiante mardi au deuxième jour de la cotation de la nouvelle monnaie sur le marché des changes de Londres, le premier marché mondial de devises. Après la nette hausse de la veille, la monnaie européenne continuait à se montrer relativement vigoureuse face au dollar malgré un léger repli en fin de journée sous l’effet de prises de bénéfices. «Tout se passe en douceur, on ne peut pas dire que le marché ait retrouvé un niveau normal (d’échanges) car il est toujours en phase d’apprentissage mais les volumes s’intensifient», a observé Peter von Maydell, chef stratégiste chez Crédit Suisse First Boston (CSFB) à Londres. Le marché reste à l’affût d’éventuels problèmes techniques ou d’erreurs de la part de cambistes encore peu habitués aux nouvelles cotations. «En ce qui nous concerne, pour l’instant, tout s’est extrêmement bien passé mais on ne pourra pas en être 100 % sûrs avant mercredi», a affirmé Nick Parsons, chef stratégiste chez Paribas Capital Markets à Londres. Les opérateurs sont surtout soucieux de voir tous les règlements intervenir sans anomalies, c’est-à-dire que les bons comptes soient crédités ou débités des montants voulus. Jusqu’à présent seule une banque européenne a quelque peu cafouillé dans le basculement vers la monnaie unique en versant lundi par erreur à Warburg Dillon Road, filiale du groupe bancaire suisse UBS, cinq fois la somme convenue lors d’une transaction. Une erreur qui a été rectifiée par la suite. «Les opérateurs se familiarisent rapidement» avec les nouveaux cours, a noté Jane Foley, stratégiste chez Barclays Capital à Londres. Dans ce contexte serein, l’euro a oscillé mardi dans des marges étroites pour terminer en léger repli face au dollar par rapport à la veille à 1,1783 dollar contre 1,1812 dollar lundi soir. «Maintenant que les célébrations (du lancement de la monnaie unique) sont achevées, le marché peut se concentrer sur les fondamentaux», a remarqué Jane Foley. Selon l’experte, les prochaines données économiques de la zone euro devraient confirmer un ralentissement de la croissance en Allemagne et dans une moindre mesure en Italie et en France. «Cela signifie que la Banque centrale européenne (BCE) va être soucieuse de ne pas laisser l’euro s’apprécier excessivement face au dollar», a-t-elle ajouté, estimant possible une intervention de la BCE sur les marchés. Convaincre une opinion hostile Après le lancement en douceur de l’euro, le gouvernement britannique doit maintenant convaincre une opinion publique encore largement hostile à l’union monétaire, s’il veut répondre aux appels de ses partenaires européens à les rejoindre. Selon un sondage publié mardi par le quotidien britannique The Guardian, pro-européen, 52 % des Britanniques interrogés après le lancement officiel de l’euro le 1er janvier restent opposés à une adhésion de leur pays à l’euro et cette hostilité a tendance à s’accroître. Selon ce sondage réalisé par l’institut ICM, seulement 29 % des Britanniques voteraient pour une adhésion à l’euro aujourd’hui alors qu’ils étaient 34 % voilà huit mois. «Il est de notre intérêt national que l’euro soit un succès», a pourtant écrit le Premier ministre Tony Blair en choisissant lundi un quotidien américain, The Wall Street Journal, pour s’exprimer au jour du baptême du feu de la nouvelle monnaie sur les marchés internationaux. Même si elle est en dehors de la zone euro, la Grande-Bretagne y «est au centre» grâce à la City, premier marché des changes mondial, souligne M. Blair. L’euro sera «la deuxième plus importante monnaie» et élira «son domicile financier» à Londres. Mais au plan politique, le gouvernement travailliste, tout en affichant une attitude de principe plus favorable à l’Europe que celle de son prédécesseur conservateur, reste attentiste et a repoussé à l’horizon 2001 ou 2002 toute éventualité d’adhésion à la monnaie unique et à ses perspectives d’intégration européenne. Il a promis un référendum à ce sujet. Parallèlement, un plan détaillé de préparation à l’euro doit être publié prochainement. Reste que l’adhésion n’est toujours pas «à ce stade, de l’intérêt économique national britannique», selon M. Blair. Soucieux de trouver une note d’espoir, The Guardian souligne que si cette condition était remplie, 46 % des Britanniques soutiendraient alors la monnaie unique soit une proportion «proche de la majorité requise pour une victoire au référendum». La force de la polémique fin 1998 sur les projets d’harmonisation fiscale européenne, qui a conduit le gouvernement à brandir la menace d’un veto oubliée depuis les années conservatrices, semble avoir ravivé l’europhobie. Mais le lancement réussi de l’euro souligne dorénavant les risques pour la Grande-Bretagne de rester à l’écart de la construction européenne – «Cendrillon a raté le bal», écrivait The Times, naguère très europhobe, – et pourrait a contrario aider à acclimater les Britanniques à la nouvelle monnaie.
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