L’euro a fait au deuxième jour de son existence une entrée timide chez les consommateurs des onze pays où le commerce et l’hôtellerie se mettent lentement à l’heure de la monnaie unique. À défaut des pièces et des billets en euros, disponibles seulement en 2002, les Européens pourront payer par carte bancaire ou par chèque dans la nouvelle monnaie mais à condition que les commerçantS l’acceptent. À Helsinki, des demandes de paiement en euros ont été accueillies avec surprise et rires. À l’hôtel 4 étoiles Marski, dans le centre-ville, le réceptionniste a regardé avec étonnement le client qui voulait payer avec un chèque en euro: «Euro? avec un chèque? non je ne crois pas». Finalement, après consultation avec son collègue, il acceptait la carte de crédit. Quant au buraliste à qui l’on demandait de payer en euro, il est resté interloqué. Mais la chaîne de supermarchés finlandaise City Market accepte l’euro. En Allemagne, l’euro a révolutionné le commerce: dans plusieurs villes de Rhénanie du Nord-Westphalie (ouest), les magasins ont été autorisés samedi à ouvrir exceptionnellement deux heures de plus jusqu’à 18h. Plusieurs grands magasins allemands ont célébré l’événement en distribuant des euros en chololat. Cependant, le directeur de la chaîne de grands magasins Karstadt de Dresde, Wolfgang Wirz, affirme que le paiement en euros n’est pour le moment «presque pas utilisé». D’après la Fédération allemande du commerce, les paiements en euro par chèque ou carte de crédit sont déjà acceptés par 300 000 magasins environ. En France, grands magasins et hypermarchés se sont mis à l’heure de l’euro, notamment Printemps, Leclerc ou Carrefour. Tout comme des chaînes de restaurants populaires tels McDonald’s, Bistrot Romain mais aussi le restaurant de luxe la Tour d’Argent. Aux Champs-Élysées, Virgin Megastore avait invité samedi le commissaire européen Yves-Thibault de Silguy, qui a fait le premier achat en euro via un chèque de 141,94 euros. Mais de nombreux distributeurs français sont handicapés par les retards dans la fabrication de terminaux de cartes bancaires adaptés à l’euro. À la FNAC Montparnasse, les chèques euros seront acceptés à partir du 4 janvier, mais pour les cartes bancaires il faudra attendre quelques semaines. De grands hôtels, comme le Nikko ou le Plazza Athénée, acceptent aussi les chèques mais leurs terminaux ne sont pas encore équipés pour accepter les cartes. L’engouement des Français pour la nouvelle monnaie reste encore à démontrer: les commandes de chéquiers euros sont encore peu nombreuses, 20 000 à la BNP, 13 500 au Crédit Lyonnais et 12 000 à la Société Générale. Au centre Leclec de Rueil-Malmaison, une ménagère explique qu’elle commence à regarder le double affichage depuis peu: «Mais je paierai peut-être en euros, pour voir, dans une quizaine de jours». En Italie, l’euro était très peu visible samedi dans les commerces où les prix ne sont affichés qu’en lires, à des rares exceptions près. Les grands magasins Rinascente, Piazza del Duomo à Milan, pratiquent le double affichage. Dans les restaurants et les hôtels, le paiement en euro n’est généralement pas accepté. Au McDonald’s, le patron répond «on verra en janvier pour afficher nos prix en euros». Le commerce de luxe italien n’a pas non plus l’air de se précipiter: les magasins de la Via Montenapoleone s’en tiennent toujours aux prix en lires. «De toutes façons une bonne partie de notre clientèle ne vient pas de la zone euro», souligne-t-on chez Gucci. Mais le commerce italien devrait rapidement adopter l’euro: «Comme toujours, les Italiens attendent le dernier moment, mais lorsque le moment est venu, ils s’adaptent très vite», indique fièrement un responsable de rayon. L’euro n’a pas non plus révolutionné le commerce madrilène: pratiquement aucun magasin n’affichait ses prix en euros samedi, pas même les grands magasins El Corte Inglés.
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