a chirurgie esthétique, autrefois réservée aux acteurs de Hollywood et à une poignée de millionnaires est en pleine expansion aux Etats-Unis, où un nombre croissant de patients veulent paraître plus jeunes pour garder leur emploi ou en trouver un meilleur. Le vieillissement de la population et la compétition accrue sur le lieu de travail, où il faut se montrer jeune et vigoureux, sont à l’origine de l’envolée de la demande des interventions esthétiques, indiquent les spécialistes. Soixante-cinq pour cent des patients ont désormais un revenu familial annuel inférieur à 50.000 dollars, selon l’Association américaine des chirurgiens esthétiques (ASPRS), qui regroupe 97% des chirurgiens dans cette spécialité. «Personne ne veux paraître trop vieux et fatigué pour accomplir ses fonctions au bureau», explique Donal Gibbon, professeur de sciences du comportement à l’université de New York. «Une femme est venue me voir récemment. Elle n’a que 40 ans, mais elle travaille dans un grand musée et craint de perdre son emploi», explique Denise Thomas, consultante de chirurgie esthétique. Désormais, les hommes représentent près du quart des adeptes de la chirurgie esthétique. A la fin des années quatre-vingt, seules quelques personnalités narcissiques osaient se risquer sous le bistouri; «Nos quelques patients masculins se recrutaient parmi les homosexuels, les playboys culturistes, les membres du showbiz», observe un chirurgien plasticien à Paris. Businessmen Aujourd’hui, les médecins spécialisés dans la réparation des petits défauts du corps voient arriver de plus en plus d’hommes d’affaires. Avec toujours pour souci l’image de soi, mais dans l’optique d’être ou de rester «présentable» pour obtenir, garder ou retrouver un emploi. Tendance confirmée en France aussi. A la consultation spécialisée de l’hôpital Boucicaut, à Paris, on apprend avec étonnement que les «restructurations» – traduisez «vagues de licenciements» – dans de grandes entreprises comme Air France ou Thomson ont provoqué un afflux de patients. On voit ainsi, fait exceptionnel autrefois, des hommes se faire refaire le nez après 40 ans. «Longtemps bouc émissaire des déceptions amoureuses, désormais perçu comme responsable des échecs professionnels, le nez joue un rôle dominant dans la représentation que les gens se font d’eux-mêmes», commente un autre chirurgien spécialisé. Mais les interventions les plus demandées concernent la lutte contre le vieillissement, avec, en vedette, les traitements de la calvitie et les corrections de la silhouette: liposuccion du double menton, des hanches, de l’abdomen et des seins, opérations des paupières. Tous les patients ont la même idée fixe: être plus svelte pour paraître plus jeune, dynamique et combatif. Ils sont prêts à payer le prix. D’abord celui de la douleur. Car, s’il ne change plus d’avis une fois sa décision prise, l’homme se montre plus douillet que la femme. il a peur du sang et a d’abord besoin d’être rassuré sur les résultats. Sur écran Un logiciel américain, déjà utilisé par six cents chirurgiens plasticiens, est censé apaiser leurs craintes. Son principe: intégrer à la photo numérisée du patient les diverses corrections envisagées. Assis face à l’écran de l’ordinateur, le patient voit, à côté de sa photo non retouchée, son image subir les transformations. Ce qui, affirment les professionnels détenteurs du logiciel, évite de cruelles déceptions ultérieures. Cette préoccupation du paraître affecte plus spécifiquement ceux qui ont choisi un métier de représentation, de communication ou de négociation. Ce sont eux qui, aujourd’hui, fournissent le principal bataillon des nouveaux adeptes de la chirurgie esthétique. Aux Etats-Unis, un total de 480.000 interventions de chirurgie esthétique ont été effectuées en 1997 contre 179.000 en 1992, selon l’ASPRS. La liposuccion, opération de loin la plus demandée a été pratiquée sur 149.042 personnes en 1997 contre 47.212 en 1992, soit une augmentation de 215% sur cinq ans. Ce prélèvement d’excès de graisse sous la peau, par aspiration, est de plus en plus demandé par les hommes, qui constituent actuellement près 11% des patients. L’augmentation de la poitrine, deuxième intervention la plus demandée, a été pratiquée sur 122.285 patientes en 1997, contre 32.607 cinq ans plus tôt. Le nombre de relèvements de paupières est passé de 59.461 à 110.709 sur la même période. Le prix de ces opérations va de 200 dollars pour une injection au collagène qui efface les rides à près de 5.000 dollars pour un lifting, selon l’ASPRS. Une application de liposuccion coûte en moyenne 1.700 dollars. Mais la variation est grande, un lifting peut coûter facilement 15.000 dollars, à l’exclusion des frais d’hôpital et d’anesthésie, qui se montent à quelques milliers de dollars. Le coût a néanmoins peu d’importance. «Ma cliente se fera faire un lifting. Elle le considère comme un investissement dans son travail», indique Mme Thomas. Quant à la méthode de paiement, ce n’est pas un problème. «Les cartes de crédit sont les bienvenues», affiche le Center of Plastic Surgery, dans la région de Washington.
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