Le gros oiseau jaune du célèbre programme éducatif américain «Sesame Street» va devenir familier aux enfants égyptiens avec une version arabe qui visera surtout les filles, premières victimes de l’illettrisme. Une équipe du Children’s Television Workshop (GTW), le réalisateur du programme, s’est rendue au Caire afin de préparer la naissance de «Sesame Street» en Egypte, prévue pour 1999 avec l’aide d’un don de 5,6 millions de dollars de l’Agence américaine d’aide au développement international (USAID) aux termes d’un accord signé avec le ministère égyptien de l’Education. Le programme visera surtout les filles, principales victimes des classes surchargées et des préjugés traditionnels selon lesquels les garçons doivent aller à l’école et leurs sœurs rester à la maison, ont expliqué des responsables de l’USAID et du CTW. «Nous allons mettre sur pied une équipe de production égyptienne avec des gens de tout le pays qui vont élaborer la trame du programme», précise Cathy Chilco, présidente adjointe de CTW pour la production internationale. Selon Mme Nile Wardini, consultant pour CTW, cent trente épisodes seront filmés et diffusés à partir du début du prochain Ramadan, le mois de jeûne musulman, durant lequel la télévision est très regardée. La série sera produite pour moitié localement, l’autre moitié provenant des archives de la série originale à New York. Avec chansons, danse et marionnettes, le programme enseigne l’alphabet, le calcul ou l’hygiène quotidienne aux enfants, mais aussi à leurs parents. Les personnages de «Sesame Street» tels Big Bird et Ernie pourraient céder la place à d’autres, créés tout spécialement pour mieux correspondre à la culture égyptienne, selon Mme Wardini. Illettrisme féminin «La seule chose sur laquelle nous insistons, c’est que le mot «Sesame» reste dans le titre», précise-t-elle. Pour mieux ancrer le programme dans la culture locale, CTW réunira une vingtaine d’experts, psychologues pour enfants, spécialistes de la santé ou de l’environnement, enseignants. Les experts de CTW et de l’USAID assurent que les enfants, avant même l’âge scolaire, et leurs parents regarderont le programme, jusque dans les villages les plus reculés de Haute-Egypte. «Les études montrent que 97% de la population égyptienne ont accès à la télévision, y compris parfois lorsque tous les villageois partagent le même poste», assure une porte-parole de l’USAID qui ne peut être identifiée selon le règlement de son agence. «Une personne sur dix en Egypte possède une télévision. Même les Bédouins en ont», insiste Mme Wardini. Selon une étude gouvernementale publiée en 1996 par l’Institut de planification nationale, 61,2% des femmes en Egypte sont illettrées contre 34,6% des hommes dans une même tranche d’âge. «L’Egypte a introduit l’éducation publique pour les filles depuis le milieu du XIXe siècle mais l’illettrisme féminin y reste l’un des plus élevés du Proche-Orient», note l’étude. Le taux d’illettrisme global s’élève à 45,1% dans les zones urbaines contre 77% dans les zones rurales et le sud du pays, plus pauvre, est plus touché que les autres régions, selon l’étude. La version égyptienne de «Sesame Street» sera la dix-huitième coproduction de CTW et la troisième concernant un pays arabe. La série, qui est dans sa vingt-neuvième année aux Etats-Unis, est également diffusée en Russie (Ulitsa Sezam) et en Chine (Zhima Jie). (AFP)
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