Une femme, squelettique, agonise sous un arbre. Elle est assise au côté de sa sœur, un peu plus robuste, dans la cour de la mission catholique italienne Combini, à Agangrial, un hameau du sud du Soudan. Les deux sœurs paraissent vieilles, elles n’ont presque plus de dents, des seins flétris, des jambes squelettiques. L’infirmière italienne, Lina, apporte une ration vitaminée à la plus faible des sœurs: il n’y a pas assez de nourriture pour les deux. La mourante absorbe très lentement un peu de la mixture, sous le regard avide de sa sœur. S’il reste de la nourriture, elle la rapportera chez elle, dans un sac en plastique. «Mais ce ne sera pas pour elle», précise Lina. «La ration ira aux membres les plus forts de la famille». L’infirmière donne quelques biscuits aux sœurs et réprimande la plus vaillante: «Elle dit qu’elle va les broyer en poudre pour nourrir sa sœur, mais elle ne le fera pas», explique Lina, qui s’exprime dans un mélange de français, d’anglais, d’italien et de dinka (la langue locale). A la fin de la journée, Lina et son mari, un médecin rwandais, ferment le centre de soins. La nuit, quelques coups de feu éclatent à l’extérieur de l’enceinte. Ce sont les gardes qui tirent pour effrayer ceux qui tentent de s’introduire dans la mission pour voler quelques noix à moitié mûres. Comboni comprend également une école où étudient 245 enfants. Parmi eux, Moses, 17 ans. C’est un élève studieux et brillant. Malgré l’opposition de sa famille qui considère l’éducation comme un luxe inutile en temps de guerre, il a rejoint la mission et étudie l’histoire soudanaise, la géographie, l’anglais, le dinka, les mathématiques. Les élèves consacrent tout leur temps libre à chercher des fruits sauvages et des racines pour se nourrir. La distribution alimentaire commence à six heures et demie le matin, avec les bébés, et s’achève vers midi, juste avant que la chaleur ne devienne insupportable. Le samedi, les rations sont doublées, afin de pouvoir tenir le dimanche. Chaque femme a droit à deux rations de sorgho, quelques biscuits et quelques vitamines. Mais des enfants attendent eux aussi dans la queue. «Où est la mère?», interroge un des infirmiers soudanais. Le gosse hausse les épaules et l’infirmier lui donne une ration, mais Lina intervient rapidement. «Les adultes seulement», ordonne-t-elle. Environ 300 personnes — dont la moitié de bébés — sont nourries à la mission catholique d’Agangrial. Quelques hommes, la plupart grabataires, attendent eux aussi de recevoir une ration. Mais les hommes encore jeunes et bien portants sont dans les rangs de la SPLA (Armée populaire de libération du Soudan), la rébellion en guerre contre le régime de Khartoum. Lina dispose encore de 20 sacs de gâteaux vitaminés et de 10 sacs de sorgho. Il faudra tenir jusqu’à l’arrivée du prochain avion. Mais les pluies ont commencé, et la petite piste d’atterrissage est souvent inondée. La famine touche au moins 1,2 million de Soudanais dans le sud, selon les organisations humanitaires. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une femme, squelettique, agonise sous un arbre. Elle est assise au côté de sa sœur, un peu plus robuste, dans la cour de la mission catholique italienne Combini, à Agangrial, un hameau du sud du Soudan. Les deux sœurs paraissent vieilles, elles n’ont presque plus de dents, des seins flétris, des jambes squelettiques. L’infirmière italienne, Lina, apporte une ration vitaminée à la plus faible des sœurs: il n’y a pas assez de nourriture pour les deux. La mourante absorbe très lentement un peu de la mixture, sous le regard avide de sa sœur. S’il reste de la nourriture, elle la rapportera chez elle, dans un sac en plastique. «Mais ce ne sera pas pour elle», précise Lina. «La ration ira aux membres les plus forts de la famille». L’infirmière donne quelques biscuits aux sœurs et réprimande la plus vaillante:...