Pendant que le processus de paix israélo-palestinien s’effondre autour de lui, les affaires immobilières ont le vent en poupe pour Yossi Kaufman, le chef d’un groupe de colons extrémistes de Jérusalem-Est. L’association Ateret Cohanim, un groupe d’ultra-droite fondé dans les années 80, se vante d’avoir aujourd’hui installé 62 familles juives dans 37 habitations au cœur du quartier musulman de la vieille ville, en secteur oriental occupé par Israël. Ateret Cohanim a en outre des projets de construction totalisant 5 millions de dollars, dont certains ont déjà reçu le feu vert du gouvernement israélien. «C’est notre meilleure période en termes d’achats immobiliers», affirme M. Kaufman, entre deux bouffées de cigarette, dans son bureau de Jérusalem. «Nous n’avons aucun problème pour trouver de l’argent si nous avons une maison à acheter», ajoute-t-il. Depuis deux ans que le premier ministre de droite, M. Benjamin Netanyahu, est au pouvoir, «nous sentons une atmosphère différente», explique-t-il. «Nous n’avons plus l’impression que chacune de nos activités est bloquée», dit-il. «Sous Netanyahu, les gens constatent que nous sommes ici pour rester et savent que ce que nous faisons est important, contrairement aux travaillistes (au pouvoir précédemment) qui nous considéraient comme des fanatiques», affirme-t-il. Les dissensions inter-palestiniennes, opposant l’Autorité palestinienne de M. Yasser Arafat à Gaza au dirigeant palestinien de Jérusalem-Est Fayçal Husseini, contribuent aussi à expliquer, d’après lui, l’avantage des colons. «L’Autorité palestinienne perd son contrôle sur Jérusalem-Est en raison du conflit entre Arafat et Husseini», affirme-t-il. M. Kaufman explique clairement que son objectif est d’empêcher tout accord israélo-palestinien sur un partage de Jérusalem. «Je comprends qu’historiquement il y a eu des Arabes ici. Ce que nous voulons, c’est une présence juive sérieuse de façon à ce qu’une évacuation de Jérusalem-Est (par Israël) ne puisse pas devenir un sujet de négociation», affirme-t-il. Ateret Cohanim est le plus connu des groupes de colons attachés à la judaïsation de Jérualem-Est, notamment depuis son achat de terrains dans le quartier stratégique de Ras al-Amoud, en dehors de la vieille ville, pour y construire 132 appartements. Le projet, qui a reçu un feu vert préliminaire du gouvernement Netanyahu, est destiné à empêcher un peuplement palestinien continu entre l’Esplanade des Mosquées, dans la vieille ville, et les quartiers arabes situés plus à l’est. Les Palestiniens espèrent établir la capitale d’un futur Etat autour de l’Esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam, où se trouvent la mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher. L’intensification de la colonisation juive à Jérusalem-Est est l’une des principales raisons du blocage du processus de paix depuis l’élection de M. Netanyahu, notamment avec le lancement, en mars 1997, d’un projet de nouvelle colonie de plus de 6.000 logements à Jebel Abou Ghneim, dans le sud de la ville. Beaucoup décrivent l’action de M. Kaufman comme du fanatisme. Lui préfère parler d’attachement à la Bible, au peuple juif et à la terre. «Jérusalem est le plus important», affirme M. Kaufman. «Nous menons une guerre idéologique avec les Arabes. Je pense qu’il y aura une vraie bataille pour Jérusalem. Et à mon avis nous vaincrons», lance-t-il avec assurance. (AFP)
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