L’ONU s’efforce de régler la question chypriote depuis les premiers heurts entre Chypriotes grecs et turcs en 1963 qui ont débouché sur une partition de fait de l’île après l’invasion turque du 20 juillet 1974. Pour les Chypriotes-Grecs, la présence militaire turque est une «occupation» à laquelle il faut mettre fin conformément aux résolutions de l’ONU. Ils exigent le départ des quelque 35.000 soldats turcs et la restauration de la souveraineté de l’île. Les Chypriotes-Turcs (18% de la population) posent le problème en termes d’équilibre politique. Ils estiment que la République de Chypre fondée en 1960, où ils détenaient la vice-présidence et 30% des sièges du gouvernement et du Parlement, avait cessé en 1963 d’être à la hauteur de leurs attentes. Les «discriminations et les exactions dont ((ils ont) fait l’objet ont pris fin», selon eux, avec «l’opération de paix et de sécurité» turque qui les a rassemblés dans une zone, comme ils le réclamaient depuis les années 1950. L’invasion turque avait été précédée par un coup d’Etat contre le président chypriote Mgr Makarios, inspiré par le régime des colonels à Athènes visant à rattacher l’île à la Grèce. Après le débarquement turc, le Conseil de Sécurité de l’ONU réclame le retrait des troupes étrangères, mais l’armée turque avance plus à l’Est, pour contrôler 37% de l’île, le 16 août 1974. Créée dès 1964, la force de paix de l’ONU à Chypre (UNFICYP), aura désormais pour mission de contrôler une «ligne verte» de 180 km coupant l’île d’Est en Ouest. En 1975, le chef de la communauté chypriote-turque Rauf Denktash proclame l’«Etat fédéral turc de Chypre». Il conclut un échange de populations par lequel 110.000 Chypriotes-Turcs se regroupent dans le Nord, et 180.000 Chypriotes-Grecs refoulés du Nord s’installent dans le Sud, qui compte au total 585.000 habitants. Depuis, l’ONU tente en vain de réunifier l’île au sein d’un Etat fédéral bizonal et bicommunautaire, formule acceptée par M. Denktash dans des accords conclus en 1977 et 1979. En 1983, M. Denktash proclame la «République Turque de Chypre du Nord» (RTCN), reconnue uniquement par Ankara. En 1992, l’ONU propose les contours d’un futur Etat fédéral et un réajustement territorial qui seront rejetés par M. Denktash. Le président Glafcos Cléridès engage des négociations, après son élection en 1993. Elles buteront sur les exigences de «souveraineté de la RTCN». La même année, M. Cléridès signe un pacte de défense avec la Grèce prévoyant l’aménagement d’une base navale et d’un aéroport militaire à Paphos (Sud-Ouest). La protection de ces installations nécessite, selon Nicosie, le déploiement de missiles sol-air commandés à la Russie, et dont la livraison est prévue pour fin 1998. En mars 1998, dès le début de négociations d’adhésion de Chypre à l’Union européenne, auxquels les Chypriotes-Turcs refusent de participer, M. Denktash et Ankara ripostent par une intégration accrue de la RTCN à la Turquie. Le Conseil de Sécurité de l’ONU réitère fin juin dans deux résolutions (1178 et 1179) l’appel aux Chypriotes-Turcs à reprendre les négociations. (AFP)
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