Le cinéaste suédois Ingmar Bergman a eu 80 ans le 14 juillet. Cet anniversaire aura permis à la Suède de finalement reconnaître son génie, car ses films mobilisent les soirées télévisées depuis un mois. Jusqu’à présent, les Suédois étaient très divisés sur la qualité des films d’Ingmar Bergman, car la revue suédoise «Chaplin» décrivait en 1960 l’irritation des «milieux culturels» suédois qui ne comprenaient pas le succès beaucoup plus considérable à l’étranger (surtout en France et en Allemagne) d’Ingmar Bergman, que dans son pays. Né le 14 juillet 1918 à Uppsala (70 kilomètres au nord de Stockholm), fils d’un prêtre de l’Eglise protestante qui officia plus tard au Palais-Royal à Stockholm, Ernst Ingmar Bergman se souvient d’avoir découvert le cinéma en 1924 à l’âge de six ans, en regardant le film muet «Vackra Svarten» (Le beau noir), l’histoire d’un petit pain au lait, où il fut marqué, selon ses dires, par «les images d’un incendie». Divers psychologues suédois ont indiqué que le fait d’être marqué par des images d’un incendie pourrait signifier que «l’enfant devait être perturbé par le climat familial». «Mon enfance a été douloureuse et compliquée», a déclaré Bergman lors de diverses interviews. Toute son œuvre sera d’ailleurs marquée par un climat tragique, où seront exprimés divers thèmes tels que le conflit avec l’autorité paternelle dans «Tourments» (1944), le rôle de Dieu face au bien et au mal dans «Le septième sceau» (1956) et «Les Communiants» (1962), l’enfer du couple dans «Scènes de la vie conjugale» (1973), l’érotisme dans une multitude de ses films ainsi que le malaise des hommes face à la crise du monde contemporain, en particulier l’atmosphère de la guerre froide dans «Le silence» (1963). L’enfant et son innocence seront souvent le point positif dans les cadres dramatiques du cinéaste suédois, qui malgré un décor sombre, est ainsi parvenu à redonner un goût attachant et très humain à la vie. Deux génies par siècle L’aspect tragique n’est pas l’unique image bergmanienne, car «Sourires d’une nuit d’été» (1955) est le symbole de la joie de vivre. Bergman a aussi touché à la musique en filmant l’opéra de Mozart «La flûte enchantée» (1975), mais son amour profond va vers le théâtre. «Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux pas exister sans faire de théâtre», a déclaré à plusieurs reprises cet homme marié cinq fois, actuellement veuf, dont ses quatre premières épouses lui ont donné sept enfants, sans compter une fille avec l’actrice norvégienne Liv Ullmann. Shakespear, Molière, Strindberg ont été mis en scène par Ingmar Bergman au Dramaten (Théâtre dramatique) de Stockholm. Les principaux acteurs de ses films, Max von Sydow, Gunnar Bjoernstrand, Jarl Kulle, Ingrid Thulin, Bibi Andersson, Liv Ullmann, etc., sont d’abord montés sur des planches avant d’être mis face à une caméra. Les médias suédois ont souvent reproché à Bergman d’être un «gouffre financier» dans ses projets. «Ceci est une erreur due à la jalousie des Suédois». En 1963, Ingmar Bergman, récemment engagé au Dramaten, est allé voir le ministre suédois des Cultes religieux et de la Culture, M. Ragnar Edenman. Ce dernier lui a simplement dit: «Si vous remplissez la salle, je vous promets mon soutien». «Les deux hommes ont chacun tenu leur parole», a affirmé M. Torsten Rydhe, 74 ans, l’ancien directeur administratif de Dramaten, qui a collaboré pendant de longues années avec Bergman. Selon lui, «la Suéde est un petit pays, de ce fait elle ne peut que produire un ou deux génies par siècle. Scénariste, metteur en scène, homme omniprésent avec ses acteurs, Ingmar Bergman sera l’un de ces génies qui restera dans l’histoire le symbole de l’art scénique suédois sur le plan mondial». (AFP)
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