Le premier ministre Ryutaro Hashimoto a payé avec sa démission et la défaite électorale de son parti ses hésitations en matière économique qui, de l’avis des experts, ont contribué à précipiter la deuxième économie mondiale dans la plus grave récession de son histoire. La montée du chômage, des faillites retentissantes, des banques au bord du naufrage, des patrons qui ont un moral à zéro: les Japonais ont progressivement pris conscience de l’ampleur de la crise dans leur pays qui, il n’y a pas si longtemps, était encore montré en champion au reste du monde. Confronté à des choix importants pour redresser la barre, M. Hashimoto a plusieurs fois pris au fil des mois des décisions lourdes de conséquences, contraires à l’attente des marchés qui ont vite montré leur défiance. En avril 1997, pensant la reprise enfin au rendez-vous, son gouvernement releva de 3 à 5% la taxe à la consommation, une décision qui se révéla funeste puisqu’elle fit l’effet d’une douche froide sur la consommation. Pressé par ses partenaires occidentaux et les milieux d’affaires japonais de prendre des mesurer fortes d’incitation fiscale pour relancer la consommation et redémarrer la machine économique, M. Hashimoto fit au contraire de la rigueur budgétaire son cheval de bataille politique. L’objectif était de ramener le déficit de l’Etat et des collectivités à moins de 3% du PIB d’ici mars 2004, contre 6% actuellement. L’équipe de M. Hashimoto y renonça au printemps dernier, mais trop tard. Sous la houlette de M. Hashimoto, le Japon a adopté une série de plans de stimulation, mais dont l’essentiel restait des grands travaux jugés peu pertinents par les économistes. Ils ne furent qu’autant de demi-mesures, sans parvenir à restaurer la confiance et laissant les marchés de marbre. Depuis la vague spéculative de la fin des années 80, le Japon a adopté sept plans de relance. Le plus important a été annoncé en avril, totalisant 16.600 milliards de yens (128 milliards de dollars). En vain. Sentiment de crise Le sentiment de crise s’était brutalement aiguisé avec la rapide dépréciation du yen qui a traduit la perte de confiance des marchés internationaux dans l’économie japonaise. Depuis le début de l’année, la monnaie japonaise a perdu plus de 8% de sa valeur. Cette glissade menaçait de rallumer l’incendie chez les voisins asiatiques du Japon déjà fortement touchés par une profonde crise monétaire et financière depuis juillet 1997. Début juillet, l’équipe de M. Hashimoto est enfin parvenue à mettre au point un plan d’assainissement des banques asphyxiées par des montagnes de créances douteuses. Mais si l’esprit de ce plan qui fait largement appel à de l’argent public a été bien accueilli, son annonce est venue tard, après des mois de tergiversations. La semaine dernière, au vu des derniers sondages qui montraient le retournement de l’opinion contre son parti, M. Hashimoto annonça enfin l’introduction l’an prochain de réductions d’impôts permanentes. Là aussi, le marché a jugé que c’était trop peu et trop tard. Takashi Imai, président du Keidanren, la première centrale patronale japonaise, a résumé le sentiment des électeurs: le désavœu infligé dimanche à M. Hashimoto traduit les frustrations des Japonais qui veulent «des efforts politiques rapides afin de sortir de la récession». Lundi, toute la presse japonaise, y compris les médias conservateurs, ont mis l’accent sur la sanction exprimée par les électeurs dont le vote est comparé à une motion de censure contre M. Hashimoto. «L’anxiété du public quant à la situation économique a provoqué des critiques sur la mauvaise gestion économique du gouvernement et du Parti libéral-démocrate», soulignait en «une» le Yomiuri Shimbun, le plus grand quotidien japonais. (AFP, Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le premier ministre Ryutaro Hashimoto a payé avec sa démission et la défaite électorale de son parti ses hésitations en matière économique qui, de l’avis des experts, ont contribué à précipiter la deuxième économie mondiale dans la plus grave récession de son histoire. La montée du chômage, des faillites retentissantes, des banques au bord du naufrage, des patrons qui ont un moral à zéro: les Japonais ont progressivement pris conscience de l’ampleur de la crise dans leur pays qui, il n’y a pas si longtemps, était encore montré en champion au reste du monde. Confronté à des choix importants pour redresser la barre, M. Hashimoto a plusieurs fois pris au fil des mois des décisions lourdes de conséquences, contraires à l’attente des marchés qui ont vite montré leur défiance. En avril 1997, pensant la...