Et Lilian Thuram, poussé de bonne grâce d’une télévision à l’autre, d’une radio à la suivante, n’en finit pas de répéter, en français et en italien, qu’il a «la chance d’avoir marqué deux buts». «Je dis la chance car ce n’est pas demain que je vais en marquer un autre. Déjà, en championnat, je ne rêve même pas de marquer des buts. Même à l’entraînement, je n’y arrive pas. De toute la saison, à Parme, j’ai inscrit un but chanceux, sur un contre favorable», rappelle-t-il. Quatorze heures après sa seconde naissance — un 8 juillet, au Stade de France —, le Guadeloupéen, né la première fois à Pointe-à-Pitre le 1er janvier 1972, n’a pas encore réalisé. «Sur le second but, j’ai la chance d’être en déséquilibre. Je frappe le ballon du gauche et, en retombant, je vois qu’il se rapproche du coin droit de la cage croate. Quand il entre dans le petit filet, je ne réalise pas, incrédule. Je me suis dit: mais qu’est-ce que je fais ici? C’était une sensation étrange. Je croyais que c’était un leurre quand je suis allé me coucher». Cette référence constante à la chance, qu’on peut entendre par hasard, destin et, plus encore, Providence, n’est la marque ni d’un cerveau qui a disjoncté — «maintenant, je sais que nous avons gagné» — ni d’une modestie feinte. C’est le doute qui fait avancer l’arrière droit des Bleus, auxquels ses fines lunettes rondes donnent un air d’intellectuel. Ce doute qui a changé la face de France-Croatie (2-1) et celle de tout le football français. Anti Ronaldo «Je ne suis pas un héros et encore moins le Ronaldo de l’équipe de France. Le football a ceci de beau qu’il peut donner l’occasion à celui qui ne marque jamais d’inscrire deux buts», répond-il avec un sourire timide. Comme s’il craignait de se peindre un autoportrait trop complaisant, il se mire dans celui d’Aimé Jacquet: «Le coach est quelqu’un de très honnête et de très humble. L’humilité, c’est la plus belle chose qui existe». La modestie est contagieuse. On parle de Thuram au diapason de ses propos. «Il a été comme à son habitude: excellent. En plus, il a marqué deux buts», souligne Zinedine Zidane. «J’ai revu un petit peu ce que Lilian a fait hier soir. Il y a quelques jours encore, on discutait du fait qu’il ne marquait pas de buts. Il a un potentiel énorme», ajoute Laurent Blanc, qu’un carton rouge privera de finale. Non, Thuram ne sera jamais Ronaldo: «Je ne suis ni le meilleur ni le plus grand. En 38 matches avec la sélection, ce sont mes deux premiers buts. Je ne veux pas changer de rôle. Je dois continuer à faire le défenseur». «J’ai plus d’opportunités sur le côté. Mais je suis avant tout un défenseur central et c’est la place que je préfère», rappelle le meilleur joueur du championnat d’Italie lors de la saison 96-97. Celui qui voulait être prêtre, «parce que c’est un personnage fondamental qui soutient les gens, repousse les démons», s’est engagé dans un autre sacerdoce avec le football. Où les croyances les plus diverses sont légion. «Il y a 200% de chances que je ne marque pas contre le Brésil», insiste Thuram, gros mangeur d’ail. Dans le vaudou, l’ail chasse les mauvais esprits. (AFP)
Et Lilian Thuram, poussé de bonne grâce d’une télévision à l’autre, d’une radio à la suivante, n’en finit pas de répéter, en français et en italien, qu’il a «la chance d’avoir marqué deux buts». «Je dis la chance car ce n’est pas demain que je vais en marquer un autre. Déjà, en championnat, je ne rêve même pas de marquer des buts. Même à l’entraînement, je n’y arrive pas. De toute la saison, à Parme, j’ai inscrit un but chanceux, sur un contre favorable», rappelle-t-il. Quatorze heures après sa seconde naissance — un 8 juillet, au Stade de France —, le Guadeloupéen, né la première fois à Pointe-à-Pitre le 1er janvier 1972, n’a pas encore réalisé. «Sur le second but, j’ai la chance d’être en déséquilibre. Je frappe le ballon du gauche et, en retombant, je vois qu’il se...
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