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Actualités - Chronologie

Cyclisme Tour de France 1998 Les absents ont toujours raison

Pour vivre heureux en juillet, restons cachés toute l’année: voilà peut-être la formule qui permet de gagner le Tour de France si l’on se réfère à l’histoire de la plus grande course cycliste ces dix dernières années. Depuis que Greg LeMond, en 1989, a donné naissance à une nouvelle race de coureurs — le coureur du Tour —, la discrétion est devenue la règle des prétendants à la Grande Boucle. Après l’Américain, Miguel Indurain a, pendant cinq ans, obéi aux mêmes préceptes et son héritier désigné, Jan Ullrich, tenant du titre, ne déroge pas à la règle. Depuis sa victoire triomphale l’an dernier, l’Allemand a tant brillé par son absence des pelotons que les rumeurs ont couru bien plus souvent que lui. L’on parlait cet hiver d’une soudaine surcharge pondérale de plus de 15 kilos. Maladies et mauvais rhumes ont suivi, si bien que, différant sa rentrée, surpris à des kilomètres du peloton dans les rares courses qu’il a disputées, le prodige de Deutsche Telekom est un peu devenu la risée du milieu. A 25 ans, le jeune Allemand de l’est était enterré par ceux-là mêmes qui, quelques mois plus tôt, le voyaient sans rire gagner dix Tours de France. Et puis il est réapparu, doucettement, à la Classique des Alpes puis à la Route du Sud, histoire de pointer sa chevelure rousse et son visage poupin à l’avant du peloton, dans les ascensions. Le peloton en frémit encore. S’il faut s’en remettre à sa discrétion, Ullrich demeure sans conteste le favori à sa propre succession. Mais, cette saison, plus que jamais peut-être, ils sont nombreux à s’être soustraits aussi longtemps que possible à l’attention du public et, par voie de conséquence, à pouvoir être classés au rang de favoris. Si les sérieux doutes émis à propos d’Ullrich se confirmaient, son frère ennemi Bjarne Riis, le vainqueur 1996, ferait une doublure parfaite. L’an dernier, le Danois était allé se dépenser sur les routes de la Coupe du monde et avait remporté l’Amstel Gold Race. Cette inattendue irruption sous les feux des projecteurs lui avait été fatale — il avait fini 7e, à plus de neuf minutes. A 34 ans, soit presque dix de plus qu’Ullrich, Riis, qui arrive en fin de contrat avec Telekom, assure qu’il entend bien tirer sa révérence sur une nouvelle victoire. Vu que le grand Danois a été inexistant tout au long de la saison, ses chances sont réelles. Si l’on conserve le même étalon-discrétion pour désigner des rivaux, l’Espagnol Abraham Olano tient bon la corde. Le vrai faux sosie d’Indurain, quatrième l’an dernier après un dernier baroud d’honneur contre la montre, a joué les hommes invisibles tout au long de la saison, ne se matérialisant que pour remporter la Bicicleta Vasca fin mai. L’année Jalabert? Encore plus dans l’ombre, son équipier Jose Maria Jimenez, 8e l’an passé, peut aussi espérer révéler. Deuxième en 1997 et chouchou de la France entière, Richard Virenque, indéracinable roi de la montagne, affirme qu’il vise mieux cette année. Pour passer inaperçu, le Varois s’est teint en blond. Il espère sans doute que son maillot à pois virera également au jaune. Hélas pour lui, son équipe Festina, déjà impériale l’an dernier, est encore plus forte en ce mois de juillet grâce au renfort d’Alex Zülle. A la dérive dans le Giro après avoir longtemps porté le maillot rose, le grand Suisse a peut-être pris un coup au moral. Il reste en principe bien supérieur à Virenque contre la montre. En outre, le passé a prouvé, chez Once par exemple, qu’abondance de leaders nuit souvent dans le Tour. Du coup, on parierait presque sur Laurent Dufaux pour venir régler toute éventuelle querelle entre ses deux chefs de file. Quatrième du Tour 1995, Laurent Jalabert n’a jamais, pour sa part, été capable de se réserver. Coureur à l’ancienne, il a glané tranquillement cette saison son 100e succès professionnel histoire de conserver son rang de numéro un mondial. Mais l’on notera que le Mazamétain n’a cette année gagné ni grande classique, ni Paris-Nice. Si l’on ajoute à cette saison toute en retenue les progrès contre la montre confirmés l’a dernier par un titre mondial, l’on peut raisonnablement miser sur une belle performance du Français. Il est donc plus difficile de croire en Marco Pantani, qui a dévoilé ses batteries trop vite en remportant le Giro. Désormais prophète en son pays, le grimpeur de Cesenatico parviendra-t-il à se remotiver dans la Grande Boucle? Si tel n’est pas le cas, il est raisonnable de prédire, quoi qu’il arrive, un coup d’éclat isolé en montagne. Derrière ces incontournables favoris, plus discrets encore, des outsiders sont à l’affût. En l’absence chez Mapei de Pavel Tonkov et de Franck Vandenbroucke, le Suisse Oskar Camenzind jouera les leaders d’un Tour. Seizième l’an passé dès sa première participation, le Néerlandais Michael Boogerd est sans doute le meilleur espoir de son pays depuis Erik Breukink. En vue dans les classiques ardennaises, vainqueur de la Semaine catalane, il a peut-être trop donné. Restent tous ces acteurs d’un jour qui peuvent, entre Dublin et Paris, s’extirper des 189 concurrents au départ pour briller. L’Anglais Chris Boardman peut gagner le prologue, Mario Cipollini doit gagner des étapes au sprint, si Jeroen Blijlevens, Tom Steels ou Nicola Larini le laissent faire. Parmi les prétendants à une place dans les dix premiers, avec un peu de réussite, l’on citera enfin le Danois Bo Hamburger, le Russe Evgueni Berzine, les Italiens Francesco Casagrande et Ivan Gotti et l’Espagnol Fernando Escartin.
Pour vivre heureux en juillet, restons cachés toute l’année: voilà peut-être la formule qui permet de gagner le Tour de France si l’on se réfère à l’histoire de la plus grande course cycliste ces dix dernières années. Depuis que Greg LeMond, en 1989, a donné naissance à une nouvelle race de coureurs — le coureur du Tour —, la discrétion est devenue la règle des prétendants à la Grande Boucle. Après l’Américain, Miguel Indurain a, pendant cinq ans, obéi aux mêmes préceptes et son héritier désigné, Jan Ullrich, tenant du titre, ne déroge pas à la règle. Depuis sa victoire triomphale l’an dernier, l’Allemand a tant brillé par son absence des pelotons que les rumeurs ont couru bien plus souvent que lui. L’on parlait cet hiver d’une soudaine surcharge pondérale de plus de 15 kilos. Maladies et...