Après les «nouveaux riches» du Japon de la «bulle économique» des années 80, il y a maintenant les «nouveaux pauvres» dans ce pays durement touché par la crise économique, le nombre des faillites personnelles atteignant des records depuis la fin de la guerre. Les chaînes de télévision japonaises consacrent des émissions à ce spectacle étrange que personne n’aurait imaginé au Japon il y a quelques années de jeunes gens ruinés qui n’ont plus d’autre choix que de déménager dans des chambres minuscules pour y vivre avec presque rien. Le nombre de Japonais qui se sont déclarés en faillite et donc dans l’incapacité de rembourser leurs dettes a atteint 71.299 l’an dernier, selon la Cour suprême qui compile ces statistiques. Avant 1982, ils n’étaient habituellement qu’entre 2.000 et 3.000. Le chiffre est monté au-dessus de 40.000 depuis 1992 et à 60.291 en 1996. Leur nombre atteint 29.625 pour la période janvier-avril 1998. Comparé aux Etats-Unis où plus de 1,2 million de personnes déclarent une banqueroute personnelle chaque année, la situation au Japon peut paraître encore saine. Mais les médias japonais soulignent que ces chiffres officiels ne montrent qu’une toute petite partie de l’ampleur réelle du phénomène. «Les analystes sont d’avis qu’il y a une armée cachée d’individus en faillite au Japon, forte de plus d’1 million de personnes», soulignait récemment un grand journal nippon. Pour une partie de ces gens en difficulté, la récession associée à l’effondrement des prix de l’immobilier après l’éclatement de la «bulle» représentent la cause principale de leur malheur. Beaucoup de Japonais se sont endettés au-delà de leurs capacités de remboursement pour acheter un appartement ou une maison à une époque où l’argent paraissait si facile. Ils se retrouvent aujourd’hui obligés de rembourser pendant encore de longues années des prêts pour des biens immobiliers qui ont perdu jusqu’à 40% de leur valeur. Dans beaucoup d’autres cas, la cause des faillites personnelles est autre: le développement foudroyant au Japon du crédit à la consommation avec surtout la multiplication très rapide des cartes de crédit. Bien souvent, les «victimes» sont des jeunes à qui les organisations de crédit ont prêté sans se soucier de leur situation fiancière et qui ont collectionné les cartes de crédit sans se soucier des conséquences. Les porteurs de ces cartes peuvent facilement obtenir des avances dans quelque 4.500 distributeurs automatiques à travers le pays. Lorsqu’il faut rembourser, il suffit de demander une nouvelle carte à un autre organisme de crédit pour obtenir une nouvelle tranche de crédit automatique. 233 millions de cartes de crédit étaient en circulation au Japon en date de décembre 1997. Les encours des dettes contractées auprès des organismes de crédit totalisaient 7.580 milliards de yens (54,5 milliards de dollars). «La plupart des jeunes que nous accueillons sont tellement névrosés du fait de leurs dettes qu’ils pensent quitter leur travail», explique Kichizo Sakamoto, directeur d’une Association de conseil aux personnes endettées. Cette association, placée sous la tutelle du ministère du Commerce international et de l’Industrie, reçoit 2.000 visiteurs par an et 9.000 appels au secours au téléphone. Les dettes varient entre 3,5 et 4,7 millions de yens en moyenne, selon que les personnes ont de 20 à 30 ans ou de 30 à 40 ans. Une chaîne de télévision privée consacrait récemment un reportage à ces «new poor» selon l’expression japonaise tirée de l’anglais. Elle présentait l’exemple d’une jeune femme en faillite qui vit à Tokyo dans une chambre de 8 m2 complètement vide, à l’exception d’un mini-réfrigérateur, d’une petite table et de deux chaises. «Je ne sais pas comment j’y arrive, mais je me nourris avec 10.000 yens (72 dollars) par mois. Je n’achète plus de vêtements et ne voyage plus. De toutes façons, je n’en ai pas les moyens», expliquait-elle devant la caméra. (AFP)
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