L’arrivée des trithérapies a redonné vie aux malades, mais en dépit de leur efficacité, chez 40% à 50% des patients sous antiviraux depuis deux ans, apparaît une certaine résistance aux traitements. Dans la plupart des cas, il s’agit «d’échecs virologiques», avec un taux de virus qui remonte dans le sang, survenant chez des patients qui vont bien, a expliqué le Pr Jean-Paul Delfraissy (France) à la conférence mondiale sur le sida à Genève. Le non-respect scrupuleux du traitement est une des causes d’apparition de résistance du virus aux différentes classes d’antiviraux. Les prescriptions inadaptées aussi. Le développement de résistance du virus aux traitements inquiète les spécialistes qui craignent à terme de voir circuler des souches de virus devant lesquelles leurs armes thérapeutiques actuelles, dont les plus actives, les antiprotéases, deviendraient impuissantes. Des chercheurs de San Francisco ont fait état du cas d’un homme porteur d’un virus résistant à six des onze médicaments antiviraux commercialisés, y compris à des antiprotéases. Son partenaire, à l’origine de cette infection survenue au cours d’un rapport sans préservatif, avait reçu divers traitements successifs d’antiviraux, après le diagnostic de sa séropositivité en 1990. Une équipe suisse a également décrit un tel cas de résistance virale multiple aux traitements chez un patient. «Ces patients sont à haut risque d’échec de traitement dès le départ», a commenté le Dr Frédérick Hecht de l’équipe californienne. Les médecins sont en fait souvent confrontés à des paradoxes: ils disposent de traitements efficaces mais difficiles à suivre. Pilules à avaler L’observance du traitement est le talon d’Achille des thérapies antivirales: on demande aux séropositifs de respecter à 100% à la lettre l’ordonnance prescrite, ce qui est rarement obtenu dans d’autres maladies chroniques au long cours, a fait remarquer un participant à la conférence, Bill Whittaker. «Les alternatives thérapeutiques aux antiprotéases doivent être encouragées», a souligné le Pr Julio Montaner (Vancouver, Canada), en relevant la nécessaire simplification des traitements (moins de pilules à avaler...) actuellement en cours. Plus de 70.000 personnes sont sous trithérapie (trois antiviraux dont une antiprotéase) aux Etats-Unis. Il y a des discordances entre les essais cliniques de traitements, qui font état de résultats avec 70 à 80% de charge virale indétectable parmi les patients, et la pratique quotidienne où ce pourcentage atteint à peine 50%, mais les malades vont bien, a déclaré le Pr Benard Hirschel (Suisse), président du congrès. La mesure de la charge virale sanguine permet d’évaluer la quantité de virus dans le sang. Elle est élevée si le virus se multiplie intensément et s’abaisse jusqu’à être quasi-indétectable si la combinaison d’antiviraux est efficace. Les antiviraux bloquent la charge virale dans le sang (la multiplication du virus), mais ne suppriment pas le virus de l’organisme, rappellent les spécialistes. Des «tests de résistance» expérimentaux pourraient contribuer à terme à choisir la thérapie antivirale la mieux adaptée chez un patient déjà lourdement traité afin de lui donner la nouvelle molécule qui aura le plus de chance de réussir en cas d’échec thérapeutique. «Les vrais échecs du traitement sont relativement rares», selon le Pr Hirschel. Peut-être que le virus devient résistant aux traitements, aux antiprotéases, mais peut-être aussi devient-il moins virulent aussi. C’est une piste étudiée par des chercheurs suisses. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’arrivée des trithérapies a redonné vie aux malades, mais en dépit de leur efficacité, chez 40% à 50% des patients sous antiviraux depuis deux ans, apparaît une certaine résistance aux traitements. Dans la plupart des cas, il s’agit «d’échecs virologiques», avec un taux de virus qui remonte dans le sang, survenant chez des patients qui vont bien, a expliqué le Pr Jean-Paul Delfraissy (France) à la conférence mondiale sur le sida à Genève. Le non-respect scrupuleux du traitement est une des causes d’apparition de résistance du virus aux différentes classes d’antiviraux. Les prescriptions inadaptées aussi. Le développement de résistance du virus aux traitements inquiète les spécialistes qui craignent à terme de voir circuler des souches de virus devant lesquelles leurs armes thérapeutiques actuelles,...