Il est difficile de trouver âme qui vive dans le petit port militaire de Lomonossov, à vingt kilomètres de Saint-Petersbourg. Le dragueur de mines «SR 70» tangue légèrement, sur le pont, du linge sèche au soleil, et le vélo du fils aîné du capitaine de corvette Valentin Ataev est garé contre le bastingage. Début juin, cet officier russe de 36 ans sans domicile fixe, basé à Lomonossov depuis décembre 1995, un an après le retrait de la flotte de la Baltique du port de Liepaïa (Lettonie), a frôlé la tragédie: son fils Valia, 4 ans, a trébuché et est tombé à la mer d’une hauteur de 6 mètres, côté quai. Au risque d’être écrasé par ce bateau de 40 tonnes, son père a réussi à le sauver et tous deux sont indemnes par miracle. «Je vis à bord depuis trois ans, avec ma femme et mes trois enfants et une autre famille, celle du commandant Evgueni Stalnov», raconte Valentin Ataev, assis dans une cabine transformée en chambre d’enfants, où traînent des pistolets en plastique et des peluches. Le ministère de la Défense russe, que la «loi sur le statut des militaires» oblige à loger ses officiers au maximum trois mois après leur arrivée au poste d’affectation, avait signé un accord avec une entreprise qui devait construire un immeuble. Le ministère ne versant pas les sommes dues, l’entreprise a construit mais a ensuite vendu les appartements à des particuliers. «Avec un salaire mensuel de 750 roubles (120 USD), irrégulièrement versé, il est illusoire de chercher à louer un appartement», dit l’officier. La garnison est dans un tel état d’abandon qu’une canalisation percée n’a pas été réparée pendant longtemps, et les familles ont été totalement privées d’eau d’août 1997 à avril 1998. Depuis, il y a de l’eau les mardis et jeudis de 10 heures à 12h30, «on remplit des réservoirs et puis on fait chauffer l’eau pour laver les enfants». «Depuis le 1er mai, le navire a été retiré de l’inventaire et doit aller à la casse. C’est moi qui suis chargé de recenser les pièces pour le ministère, ça a au moins un avantage, c’est que je ne suis pas loin de mon lieu de travail..», ironise l’officier. Il est nettement plus furieux quand il parle de l’accident de son fils: «la garnison n’a pas fait de rapport au ministère, ils ont voulu étouffer l’affaire. Et personne n’a téléphoné pour prendre des nouvelles du petit, je vais intenter un procès au responsable de la base». «A Liepaïa, la flotte était très importante, il y avait des sous-marins porteurs de missiles, énormément de bateaux. Les sous-mariniers viennent à peine de se voir attribuer des logements, alors que ces hommes étaient le fer de lance de la défense de la nation», soupire avec résignation Valentin Ataev. Dans un an, à 37 ans, l’officier aura droit à une retraite anticipée de 600 roubles par mois (100 dollars), et il ne veut pas quitter la flotte et se reconvertir «dans autre chose» avant cette date. (AFP)
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