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Actualités - Chronologie

L'Algérie parachève dimanche dans la contestation son arabisation

L’Algérie va parachever dimanche une politique d’arabisation entamée dès l’indépendance, en 1962, avec l’entrée en vigueur d’une loi généralisant l’usage de cette langue, qui se heurte à la vive opposition d’une partie de l’opposition et suscite la colère en Kabylie. De nombreuses interrogations subsistent en outre quant à la portée immédiate de cette loi, et ses modalités pratiques d’application. L’assassinat du chanteur berbère Lounès Matoub, et l’agitation qui continue de couver en Kabylie — où les Berbères rejettent massivement cette loi et réclament la reconnaissance du «tamazight» (berbère) comme langue officielle — ont encore exacerbé les tensions. La loi sur l’arabisation, votée en 1996, doit entrer en vigueur, de manière symbolique, dimanche 5 juillet, jour du 36e anniversaire de l’indépendance. Langue officielle depuis 1962, la langue arabe «est une composante de la personnalité nationale authentique et une constante de la nation», stipule l’article un de la loi. Les principales dispositions de ce texte résident dans l’obligation pour les administrations — où de nombreux documents, factures, quittances sont établies en français — les entreprises, les associations, de rédiger uniquement en arabe. Des amendes de 1.000 à 5.000 dinars (100 à 500 francs environ) sont prévues pour les contrevenants. Parmi les autres dispositions figurent par exemple l’obligation de doubler ou traduire les films et émissions télévisées en langue étrangère ou l’arabisation complète des panneaux publicitaires, enseignes et slogans. Des dérogations sont prévues notamment pour les échanges avec l’étranger, la signalisation dans les zones touristiques. L’arabisation complète est repoussée au 5 juillet 2.000 pour l’enseignement supérieur. Si les sciences sociales sont déjà enseignées en arabe, le français reste dominant dans les filières technologiques et les sciences médicales, comme dans le monde des affaires, et demeure très largement la première langue étrangère dans les écoles devant l’anglais. La mise en œuvre de ces dispositions sera supervisée par un «Conseil supérieur de la langue arabe». Certains observateurs estiment que la création de cette institution, ainsi que la teneur de certaines déclarations officielles récentes, laissent envisager une certaine «souplesse» dans l’application. En 1992, le président Mohamed Boudiaf avait suspendu l’application de cette loi, estimant que les conditions pratiques n’étaient pas réunies. Trois langues coexistent: l’arabe — sous ses formes littéraire et dialectale — le français et le berbère, parlés par des millions de personnes, et dont l’usage courant n’est pas remis en cause par la loi. Une large partie de la population ne maîtrise pas couramment l’arabe littéraire. La politique d’arabisation à l’école est souvent accusée d’avoir été menée dans des conditions désastreuses, et d’avoir accouché d’une génération d’«analphabètes bilingues», ne maîtrisant ni l’arabe ni le français. Au-delà des considérations linguistiques, cette loi recouvre les clivages politiques, entre les partis conservateurs au pouvoir et les deux partis islamistes légaux, d’une part, et d’autre part une large partie de la mouvance «démocrate», aux cadres souvent francophones, notamment le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Le RCD a demandé l’abrogation «de la loi scélérate sur l’arabisation totalitaire» et le FFS appelle à manifester dimanche. Des responsables du RCD et du FFS, deux partis rivaux largement implantés en Kabylie, ont annoncé qu’ils allaient «violer» cette loi, qui a suscité un tollé dans la presse privée, où dominent les titres francophones. Cette loi est défendue par la mouvance «islamo-conservatrice», principalement le Rassemblement national démocratique (RDN) et l’ancien parti unique du Front de libération nationale (FLN) — et les deux partis islamistes légaux, le Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas) et Ennahda. Certains cadres administratifs évoquent en privé le «flou» qui entoure l’application concrète de la loi dès dimanche. D’autant plus que si une partie des cadres de la haute administration notamment est francophone, les arabisants voient dans cette loi une opportunité d’accéder à plus de pouvoir. Dans les rues d’Alger, ce texte est souvent mal compris et n’apparaît pas comme une priorité. «Avec le terrorisme, la pauvreté qui monte, il y a des choses plus importantes à faire, râle un employé. C’est idéologique. Nos dirigeants veulent arabiser le peuple, mais beaucoup envoient leurs enfants étudier à l’étranger». (AFP)
L’Algérie va parachever dimanche une politique d’arabisation entamée dès l’indépendance, en 1962, avec l’entrée en vigueur d’une loi généralisant l’usage de cette langue, qui se heurte à la vive opposition d’une partie de l’opposition et suscite la colère en Kabylie. De nombreuses interrogations subsistent en outre quant à la portée immédiate de cette loi, et ses modalités pratiques d’application. L’assassinat du chanteur berbère Lounès Matoub, et l’agitation qui continue de couver en Kabylie — où les Berbères rejettent massivement cette loi et réclament la reconnaissance du «tamazight» (berbère) comme langue officielle — ont encore exacerbé les tensions. La loi sur l’arabisation, votée en 1996, doit entrer en vigueur, de manière symbolique, dimanche 5 juillet, jour du 36e anniversaire...