Des années de migration massive d’Anatolie du Sud-Est vers les villes ont conduit des millions de Turcs à vivre dans des maisons illégalement construites, sans les normes élémentaires de sécurité et cela principalement dans une zone à risques sismiques qui couvre la majeure partie du pays. A Istanbul, les experts assurent que la plupart des maisons s’écrouleraient en cas de séisme de moyenne intensité. Comme à Istanbul, les banlieues de la plupart des villes turques se sont largement développées dans l’illégalité, rapidement bâties sans autorisation et sans considération des principes élémentaires de sécurité. Et comme Istanbul et Adana, la plupart des villes turques sont menacées par les tremblements de terre. Alors que les équipes de secours s’affairaient à Adana sur les décombres du séisme de samedi, on désignait déjà des responsables pour la mort de plus de 140 personnes. Des constructions de mauvaise qualité, des matériaux au rabais et un mépris général pour les normes de sécurité sont les causes généralement avancées pour cette catastrophe, et trois entrepreneurs d’Adana ont été interpellés mercredi, sous l’accusation de négligence. Ces entrepreneurs pourraient cette fois-ci se retrouver en prison, mais cela ne risque guère de ralentir le rythme effréné des constructions illégales qui suffisent à peine à contenir le flot des nouveaux arrivants dans les villes. Des millions de migrants en provenance des campagnes ont déferlé sur Istanbul, Adana, Izmir et Diyarbakir ces dernières années, fuyant autant la misère que les affrontements entre les rebelles kurdes et l’armée. La population d’Adana a triplé depuis 1970, celle d’Erzincan est passée de 400.000 à plus d’un million d’habitants durant la dernière décennie alors que celle d’Istanbul gonflait démesurément, d’environ sept millions en 1990 à plus de dix millions actuellement. Le mère lui-mmême Le problème du logement est à la mesure du phénomène. L’association Turkkent (la ville turque) estime qu’on aura besoin, d’ici à l’an 2010, d’au moins sept millions de logements supplémentaires. Parce que les nouveaux arrivants ne peuvent pas attendre et que les Turcs sont du genre débrouillard, la plupart des constructions en cours sont illégales. Selon le constructeur Yapi-Endustri Merkezi, basé à Istanbul, la construction illégale se développe au rythme de trois nouvelles maisons par jour dans la seule ville d’Istanbul. Quelque cinq millions de personnes — une personne sur deux — vivent dans des maisons construites sans autorisation ni contrôle. Le maire lui-même, Recep Tayyip Erdogan, a reconnu récemment vivre dans une maison bâtie illégalement sur la rive asiatique du Bosphore. La proportion est la même à Ankara, où 50% de la population vivent dans des logements construits sans permis, et plus haute dans d’autres villes, avoisinant les 90% à Sirnak dans le sud-est. Ce phénomène pourrait constituer une solution simple à la crise du logement, si la Turquie n’était pas située sur une zone particulièrement sismique. Selon une étude gouvernementale, 98% du territoire turc sont compris dans une zone sensible dont 34%, comprenant Istanbul et Izmir, correspondent à la zone de danger maximal. Une demi-douzaine de séismes de moyenne envergure ont affecté la Turquie cette année, avant la catastrophe d’Adana. Plusieurs secousses secondaires de magnitude 2,7 à 3,8 sur l’échelle ouverte de Richter ont été enregistrées à Adana depuis samedi sans que l’on ait à déplorer de victimes ou de dommages conséquents. Plus de 20 tremblements de terre ont atteint la magnitude de 6 sur l’échelle de Richter durant les 75 dernières années, l’un d’eux tuant 40.000 personnes à Erzincan en 1939. Dans la jungle de béton des villes de la Turquie moderne, l’impact d’un tremblement de terre de très forte magnitude pourrait être proprement apocalyptique. Selon une récente enquête ordonnée par la municipalité d’Istanbul, quelque 400.000 bâtiments pourraient être complètement détruits dans la ville et 1,5 million endommagés, en cas de séisme de magnitude 7 sur Richter. Selon ce scénario, au moins 30.000 personnes seraient tuées et 90.000 blessées. (AFP)
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