UN parking, des blocs de béton surmontés de néons, une piscine avec gazon synthétique et palmiers en plastique: c’est le motel des stations balnéaires américaines, souvenir kitsch des années 1950 sur lequel une ville du New Jersey parie son avenir. Wildwood, à quatre heures au sud de New York, compte 25.000 habitants en hiver, 300.000 en été et près de 300 motels, soit 12.000 chambres. Son immense plage et ses parcs d’attraction ne suffisent plus à enrayer son déclin et la station balnéaire veut se relancer grâce au mot d’ordre: «Toujours plus kitsch». «L’excès est bon», explique Jack Morey, président de la «Ligue pour la préservation du ‘doo-wop’», comme est surnommé ce style architectural en référence à la musique des années 1950 (et ses chœurs de «Wop-do-wop!»). «Il nous faut quelques règlements (d’urbanisme), plutôt pour imposer une taille minimum aux signaux en néon que pour les restreindre», ajoute M. Morey, dont la famille est le plus gros propriétaire de motels, d’appartements et de parcs d’attraction de cette petite île. Les motels «Caribbean», «Spoutnik», «Tahiti» ou «Pink Champagne» ont été construits pour les ouvriers de Philadelphie et de sa banlieue lorsqu’ils ont pu acheter des voitures, explique Clark Doran, un urbaniste responsable du développement de la compagnie Morey. Catholiques souvent d’origine italienne ou irlandaise, ils étaient indésirables dans les stations balnéaires de Cap May ou Atlantic City, fréquentées par les juifs et les protestants qui les trouvaient bruyants et trop amateurs de bière. Appartenant à des propriétaires souvent vieillissants, sans beaucoup de ressources, frappés de plein fouet par le développement d’Atlantic City et de ses casinos à partir de 1990, les motels de Wildwood sont sur le déclin. En outre, «les Américains deviennent de plus en plus pauvres et de plus en plus riches, souligne Jack Morey. La classe moyenne rétrécit». L’avenir: «Toujours plus fort», explique Steven Izenour, architecte dans un cabinet réputé de Philadelphie et enseignant aux universités de Yale et de Pennsylvanie. Familier avec le kitsch pour avoir travaillé avec ses étudiants à Las Vegas et Atlantic City, M. Izenour fut initialement contacté par M. Morey pour un projet précis de transformation d’un motel. Style corrompu «J’ai voulu ensuite, avec les étudiants, répertorier ces motels avant qu’ils ne disparaissent, explique-t-il. Puis nous avons commencé à essayer de répondre aux questions: comment allonger la saison, comment revigorer Wildwood?». «Cette année, après le lancement de la campagne pour la sauvegarde de l’architecture ‘doo-wop’, on sent très nettement un changement, assure Clark Doran. Trois chaînes de drugstores ont ouvert des magasins et des bars ont été rachetés par des jeunes». «Wildwood va renaître», assure Peter Ferreiro, qui à 44 ans a quitté un emploi salarié pour reprendre en avril un motel. Renommé «Memory Motel», titre d’une chanson des Rollings Stones, son établissement est surmonté d’une énorme guitare électrique en néon. Les lumières sont multicolores et les portes peintes en fuchsia. «C’est un style totalement corrompu, sans aucune pureté», commente Steven Izenour. M. Izenour se garde toutefois de prédictions trop optimistes. «Il y a un problème avec le passé récent, on se souvient des bonnes choses comme des mauvaises, alors que ces dernières disparaissent lorsque l’on évoque un passé plus ancien», explique-t-il. En outre, mêmes rénovés, ces motels n’offriront pas le confort d’un hôtel classique pour un prix, il est vrai, inférieur. «Des vacances ici, non merci, ça me rappelle mes souvenirs d’enfance les moins agréables», commente d’ailleurs Jon, 29 ans. Mais pour les Européens, ce concentré d’Amérique qui pourrait être le décor du film «American Graffiti» est un régal. Michel, un Français qui découvre les Etats-Unis avec sa femme Anne, va de motel en motel en répétant: «C’est comme au cinéma, mais je suis dans le film». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats UN parking, des blocs de béton surmontés de néons, une piscine avec gazon synthétique et palmiers en plastique: c’est le motel des stations balnéaires américaines, souvenir kitsch des années 1950 sur lequel une ville du New Jersey parie son avenir. Wildwood, à quatre heures au sud de New York, compte 25.000 habitants en hiver, 300.000 en été et près de 300 motels, soit 12.000 chambres. Son immense plage et ses parcs d’attraction ne suffisent plus à enrayer son déclin et la station balnéaire veut se relancer grâce au mot d’ordre: «Toujours plus kitsch». «L’excès est bon», explique Jack Morey, président de la «Ligue pour la préservation du ‘doo-wop’», comme est surnommé ce style architectural en référence à la musique des années 1950 (et ses chœurs de «Wop-do-wop!»). «Il nous faut quelques...