Le conflit frontalier entre l’Ethiopie et l’Erythrée, deux alliés des Etats-Unis opposés à des niveaux différents au gouvernement fondamentaliste de Khartoum, peut changer la donne diplomatique dans toute la région de l’Afrique de l’Est et de la mer Rouge. Le président érythréen Issaias Afeworki est engagé totalement derrière l’opposition soudanaise qu’il a accueillie à Asmara, alors qu’Addis-Abeba lui accordait un soutien moins direct. La grande offensive de l’opposition soudanaise, lancée en janvier 1997 contre le régime de Khartoum, était partie des frontières érythréennes et éthiopiennes. Mais l’état de guerre entre Asmara et Addis-Abeba peut conduire à un retournement d’alliance. L’Ethiopie et le Soudan se replacent en situation d’alliés objectifs sur la base de l’adage que «l’ennemi de mon ennemi est mon ami». La semaine dernière des combats ont eu lieu entre forces soudanaises et érythréennes sur la frontière, selon Khartoum. Les Etats-Unis se retrouvent de leur côté dans une position inconfortable. Après avoir été, en compagnie du Rwanda, appelés aussi bien par Asmara qu’Addis-Abeba à jouer le rôle de médiateur, ils ont essuyé un «camouflet» diplomatique. Issaias Afeworki a demandé l’arrêt de leur médiation et a eu des mots peu amènes pour le secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires africaines, Susan Rice, qu’il a jugée peu au fait des affaires de la région, selon des sources de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Le chef de la diplomatie américaine Madeleine Albright a pu conclure que ce conflit était «une folie». La neutralité du Rwanda a également été mise à rude épreuve dans cette médiation, notait pour sa part un diplomate éthiopien qui a participé aux négociations. Basée à Addis-Abeba, l’OUA qui avait repris à son compte le plan américano-rwandais, essuie, quant à elle, un nouvel échec. La première crise que doit gérer le nouveau président en exercice de l’organisation panafricaine, le Burkinabé Blaise Comparé, s’avère difficile. Toutefois l’OUA reste le seul mécanisme de médiation actif dans ce conflit. L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) qui regroupe sept pays de la région, dont l’Ethiopie et l’Erythrée, a aussi échoué dans sa médiation menée par le président djiboutien, Hassan Gouled Aptidon, alors qu’elle s’était imposée dans les processus de négociations des crises soudanaise et somalienne. La crise a aussi pour effet de disloquer le groupe des «nouveaux leaders» africains formés d’Issaias Afeworki, de l’Ethiopien Meles Zenawi, du Rwandais Paul Kagame, et de l’Ougandais Yoweri Museveni. Ce dernier, soutenant lui aussi la rébellion soudanaise, est paradoxalement resté muet depuis l’éclatement de la crise début mai. Issaias Afeworki qui avait opté après l’indépendance de l’Erythrée en 1993 pour un soutien israélien, a effectué au cours des dernières mois une offensive diplomatique en direction des pays arabes, notamment en se rendant en Libye et en Arabie Séoudite. Addis-Abeba vient de répliquer en envoyant ses diplomates dans le Maghreb et au Moyen-Orient où elle affirme avoir reçu le soutien de six pays arabes au plan de paix américano-rwandais: Koweit, Qatar, Bahrein, Oman, Emirats arabes unis, et Yémen. L’Egypte, de son côté, ne peut que profiter d’un affaiblissement de l’Ethiopie pour assurer son influence régionale. Par exemple, les deux pays qui polémiquent sur l’utilisation des eaux du Nil, étaient en concurrence pour chapeauter les négociations dans la crise somalienne. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le conflit frontalier entre l’Ethiopie et l’Erythrée, deux alliés des Etats-Unis opposés à des niveaux différents au gouvernement fondamentaliste de Khartoum, peut changer la donne diplomatique dans toute la région de l’Afrique de l’Est et de la mer Rouge. Le président érythréen Issaias Afeworki est engagé totalement derrière l’opposition soudanaise qu’il a accueillie à Asmara, alors qu’Addis-Abeba lui accordait un soutien moins direct. La grande offensive de l’opposition soudanaise, lancée en janvier 1997 contre le régime de Khartoum, était partie des frontières érythréennes et éthiopiennes. Mais l’état de guerre entre Asmara et Addis-Abeba peut conduire à un retournement d’alliance. L’Ethiopie et le Soudan se replacent en situation d’alliés objectifs sur la base de l’adage que...