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Actualités - Chronologie

Le Bélarus de Loukachenko, un îlot passéiste dans le paysage post-soviétique

Refus des privatisations et des «conseils» du FMI, muselage de l’opposition et culte du chef: le Bélarus d’Alexandre Loukachenko, que quittent aujourd’hui même cinq ambassadeurs de l’UE à la suite d’un scandale diplomatique, est un îlot passéiste dans le paysage post-soviétique. Pourtant ce président, élu en juillet 1994 avec plus de 80% des suffrages sur un programme populiste de lutte contre la corruption, continue à être aimé de son peuple, qui s’intéresse peu aux quelques dizaines de dissidents réfugiés à l’étranger ou emprisonnés à Minsk, et au contrôle strict de la presse. Les 10 millions de Bélarusses vivent pauvrement mais s’enorgueillissent de recevoir à temps salaires (70 dollars par mois en moyenne) et retraites (environ 20 dollars mensuels), contrairement à leurs frères slaves russes et ukrainiens, impayés depuis des mois voire des années. A l’origine, avec Moscou et Kiev, de la condamnation à mort de l’URSS en décembre 1991, Minsk est depuis devenue la plus nostalgique des capitales. Elle a trouvé en Alexandre Loukachenko, 43 ans, un fervent défenseur de l’ordre ancien et un pourfendeur du libéralisme prôné par les organisations financières internationales. Ceux qui arrivent à Minsk en venant de Moscou reçoivent un choc: les taxis se font payer au taximètre, une règle depuis longtemps oubliée en Russie, et tremblent d’être vus empochant des dollars. La pénurie est de rigueur Les prix sont bas, mais sur les rayons des magasins, comme au temps de l’URSS, la pénurie est de rigueur: l’Union russo-bélarusse, scellée en 1997, a aboli les douanes entre les deux pays, et il est plus avantageux d’aller vendre les produits fermiers en Russie, où les prix sont libres. Sucre, fromage, margarine et viande sont ainsi introuvables, et en dépit des saisies de camions entiers de produits alimentaires transportés illégalement vers la Russie, le trafic continue. Dressant le bilan de l’année économique 1997, Alexandre Loukachenko s’est réjoui d’une hausse de la production intérieure brute de 10%, et a pronostiqué une hausse de 8% minimum pour 1998. Effectivement, les experts soulignent que le choix de ne pas fermer les usines vieillissantes et de continuer à produire réfrigérateurs «Atlant» et téléviseurs «Gorizont» au «design» très soviétique permet de limiter le chômage. Celui-ci est même en baisse et atteint 2,8% de la population active, a déclaré Alexandre Loukachenko, se vantant de hausses de 30% de la production de ciment et de téléviseurs, et de 40% de celle de chaussures. Le krach n’est pas pour demain Mais certains économistes contestent l’exactitude des chiffres et soulignent qu’ils doivent être tempérés par d’autres indices. «Cette production donne-t-elle un bénéfice, et a-t-elle un marché», s’interroge ainsi Alan Popov, représentant de la BERD au Bélarus. Il rappelle qu’officiellement 13% des entreprises du pays sont déficitaires, que la réalité est sans doute plus élevée, et qu’en outre le système du troc est toujours dominant pour 70% de la production exportée, essentiellement vers la Russie. «La Bélarus a décidé d’ignorer les recettes du FMI. Mais les outils de production sont dans un état catastrophique, il faudra bien tôt ou tard fermer des usines», estime Igor Pelipas, directeur adjoint d’un institut indépendant de recherches socio-économiques. «Cette façade est utile à Loukachenko pour ses jeux politiques, pour montrer que le seul avenir n’est pas la privatisation à la russe, et que le système étatique rigide a encore de l’avenir», ajoute-t-il. Cette stratégie fonctionne aussi parce que le Bélarus, frontalier de la Pologne et traversé par le gazoduc qui porte le gaz russe à l’Europe, est crucial pour la Russie. «Le pays n’a plus de réserves en devises, et le soutien artificiel à la monnaie va devenir impossible, mais le krach n’est pas pour demain, parce que Moscou est derrière», estime Valéri Dachkievitch, directeur exécutif de la banque «Belgaz prombank». (AFP)
Refus des privatisations et des «conseils» du FMI, muselage de l’opposition et culte du chef: le Bélarus d’Alexandre Loukachenko, que quittent aujourd’hui même cinq ambassadeurs de l’UE à la suite d’un scandale diplomatique, est un îlot passéiste dans le paysage post-soviétique. Pourtant ce président, élu en juillet 1994 avec plus de 80% des suffrages sur un programme populiste de lutte contre la corruption, continue à être aimé de son peuple, qui s’intéresse peu aux quelques dizaines de dissidents réfugiés à l’étranger ou emprisonnés à Minsk, et au contrôle strict de la presse. Les 10 millions de Bélarusses vivent pauvrement mais s’enorgueillissent de recevoir à temps salaires (70 dollars par mois en moyenne) et retraites (environ 20 dollars mensuels), contrairement à leurs frères slaves russes...