L’inhumation, le mois prochain, du dernier tsar russe Nicolas II risque de ne pas être l’acte de réconciliation historique annoncé: les personnalités déclarent forfait les unes après les autres, et l’argent manque dans les caisses. Le président Boris Eltsine et le patriarche de toutes les Russies Alexis II ont tous deux renoncé à assister aux cérémonies, et aucune des têtes couronnées d’Europe n’a pas pour l’instant confirmé sa participation. A un mois des célébrations prévues pour le 17 juillet à Saint-Pétersbourg, l’événement censé réconcilier les Russes avec leur histoire s’enfonce dans la confusion et les polémiques. «Nous aurions évidemment préféré que cet événement se déroule avec davantage de magnificences. Mais la façon dont les choses se passent reflète l’état de notre société», a estimé Viktor Aksioutchits, conseiller du gouvernement. «Visiblement, nous ne nous sommes pas encore tout à fait remis de plusieurs décennies de totalitarisme», a ajouté devant la presse M. Aksioutchits, collaborateur du vice-premier ministre Boris Nemtsov. L’Eglise orthodoxe, dont les positions font référence en ce domaine, a porté le coup le plus rude en décidant de ne déléguer que des prêtres locaux aux cérémonies. Le Saint Synode de l’Eglise a justifié sa décision par les «doutes» qui subsistent sur l’authenticité des restes, ainsi que par le risque de raviver les divisions dans la société russe, sur une page de son histoire toujours très controversée. Le président russe Boris Eltsine a également botté en touche cette semaine, en renonçant à participer aux cérémonies sans vraiment donner d’explication. L’inhumation de Nicolas II, de sa famille et de ses domestiques réveille des souvenirs particulièrement douloureux dans la conscience collective russe: le tsar avait été sommairement exécuté en détention par les bolcheviks, le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg (Oural). Dévotion et piété Ses restes ont dormi dans une fosse commune anonyme pendant des décennies, avant d’être mises au jour au moment de l’effondrement de l’URSS en 1991. Depuis sept ans, les ossements sont entreposés dans une morgue d’Ekaterinbourg, en attendant que le gouvernement décide de leur sort. Une partie de l’Eglise et des Russes émigrés contestent l’authenticité des dépouilles et, en filigrane, ils nient au pouvoir actuel — composé pour partie d’anciens communistes — toute légitimité pour décider sur ce sujet. Boris Eltsine lui-même, alors chef du Parti communiste d’Ekaterinbourg (Sverdlovsk à l’époque), avait fait raser en 1977 la maison où avaient été exécutés les Romanov, accomplissant sans état d’âme les ordres de Moscou. A ce jour, personne ne peut encore dire qui représentera le gouvernement russe aux cérémonies de Saint-Pétersbourg, en dehors de Boris Nemtsov, responsable direct du dossier. Le conseiller de ce dernier, Viktor Aksioutchits, a fait contre mauvaise fortune bon cœur: «La cérémonie est plus importante que sa pompe. Le grandiose compte moins que la dévotion et la piété», a-t-il assuré. Au malaise historique s’ajoutent des considérations beaucoup plus prosaïques: la Russie, contrainte d’appeler à l’aide le FMI en pleine crise financière, n’a pas les moyens d’investir dans des cérémonies en grande pompe. L’Etat a ainsi refusé de financer la rénovation de la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg où sera enterré Nicolas II. Des parrains ont été appelés à la rescousse, comme la compagnie Aeroflot qui convoiera gratuitement les invités. «La pierre tombale (du tsar) sera en bois et les inscriptions funéraires sur du papier. C’est un cauchemar, une horreur. Je crois que Boris Eltsine devrait vendre une de ses Mercedes 600 pour acheter des plaques de marbre et de l’or pour des inscriptions», a ironisé l’écrivain Gueli Riabov, qui a découvert les restes du tsar aux côtés de l’historien Alexandre Avdonine. (AFP)
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