Une réunion, vendredi, des huit grandes puissances (G8) visant à obtenir une désescalade de la tension nucléaire en Asie du Sud ne devrait pas avoir plus d’effet sur l’Inde que deux mises en garde du Conseil de Sécurité de l’ONU, estiment les analystes à New Delhi. Forte de son statut de puissance nucléaire de facto, de son poids démographique existant et économique potentiel, de sa certitude qu’elle mène depuis des décennies un combat juste pour un désarmement global, l’Inde maintient depuis un mois une attitude de défi. Depuis ses cinq essais atomiques des 11-13 mai, sa position face aux condamnations et mises en garde mondiales, loin de s’assouplir, n’a fait que se raidir, au moins dans les déclarations publiques, d’autant plus que les sanctions internationales n’ont pas encore eu de grands effets. New Delhi, qui a lancé une offensive diplomatique pour se justifier, se targue même d’avoir réussi à diviser les grandes puissances, y compris l’opinion publique américaine, non seulement sur l’opportunité de sanctions, mais aussi sur le débat fondamental du désarmement mondial. Après avoir balayé d’un revers de main une déclaration conjointe des cinq puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de Sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France) l’appelant à faire preuve de souplesse, l’Inde s’est permise de ridiculiser une résolution du Conseil la condamnant. «Nous considérons comme grotesque qu’un organisme de l’ONU s’adresse de cette façon à l’Inde, un pays qui représente un sixième de l’humanité, qui est la plus grande démocratie du monde et un membre fondateur des Nations Unies», a déclaré le ministère indien des Affaires extérieures, dont les communiqués ont été de plus en plus fermes au fil des jours. Le premier ministre nationaliste hindou, Atal Behari Vajpayee, a qualifié la résolution d’«inacceptable», et a souligné que l’Inde, si elle devait faire quelque chose, le ferait d’elle-même, pas sous la «pression». Il a stigmatisé les «sermons» des grandes puissances. «Un club de Blancs» L’Inde ne cesse de répéter que si désarmement nucléaire il doit y avoir, il ne peut se limiter à l’Asie du Sud, mais que les cinq puissances nucléaires doivent cesser de faire preuve d’«hypocrisie» et œuvrer à l’élimination de leurs propres arsenaux. New Delhi rejette aussi tout lien entre le nucléaire et son conflit avec le Pakistan voisin et ennemi sur le Cachemire, source de tension depuis 50 ans, et récuse toute tentative de médiation étrangère, jugeant cette question strictement bilatérale. A l’inverse, Islamabad appelle de ses vœux depuis longtemps une internationalisation de la question. Si ces deux préoccupations indiennes ne sont pas prises en compte, d’une façon ou d’une autre, vendredi à Londres lors d’une réunion des chefs de la diplomatie du G8 (les cinq, moins la Chine, plus le Japon, l’Allemagne, le Canada et l’Italie), il faut s’attendre de la part de New Delhi à un nouveau rejet pur et simple de tout conseil ou avertissement. Kuldip Nayar, analyste et ancien ambassadeur à Londres, a estimé que le G8 pourrait hausser le ton et que cela aurait «un effet boomerang» en forgeant un consensus en Inde alors que les essais y ont été critiqués. «Il s’agit d’hypocrisie. Plus ils chercheront à isoler l’Inde, plus forte sera la réaction de cette dernière», a-t-il dit. «Que croient-ils que nous sommes? Une république bannière? Le club nucléaire me rappelle le Gymkhana Club à New Delhi où les Indiens n’étaient pas acceptés sous l’empire britannique». Certains en Inde voient même un relent de racisme dans les condamnations: «Mais qui sont les pays du G8? Un club de Blancs, sauf le Japon qui a été accepté parce qu’il paie», a affirmé un ancien haut diplomate, S.K. Singh. (AFP, Reuters)
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