Fort de l’expérience culinaire pas toujours heureuse des cuisines de la station russe Mir et de la navette américaine, les concepteurs de la station spatiale internationale ont décidé de faire franchir à la gastronomie orbitale un pas de géant en y installant des …réfrigérateurs. Si l’on en croit les familiers des voyages de longue durée en orbite, la «bouffe» est l’un des plaisirs terrestres qui manquent le plus aux astronautes, et le plus vite. A tel point que la première volonté des «revenants» de Mir est presque toujours d’ordre alimentaire. A la fin de son séjour de quatre mois en janvier, David Wolf avouait saliver à l’idée d’une bonne pizza. «Je pense que des lasagnes feront partie de ma commande», assurait Andrew Thomas, le dernier Américain de Mir, avant de retrouver la navette Discovery. «J’adore ça et je n’en ai pas mangé depuis si longtemps. Il y aura donc des lasagnes et aussi de la crème glacée». «Ce sont précisément des plats que nous ne pouvons pas servir sur Mir ou la navette», regrette Michael Fohey, responsable au centre spatial de Houston (Texas) du laboratoire de recherche culinaire de la NASA. «Il y a beaucoup de produits que l’on ne peut pas utiliser parce que nous n’avons ni congélateurs, ni réfrigérateurs», explique-t-il. «Et certains, comme les hamburgers ou les pizzas, sont très populaires aux Etats-Unis». Hormis les premiers jours de vol, où quelques fruits et légumes frais viennent améliorer l’ordinaire, l’essentiel des repas pris à bord est en effet composé de plats précuits déshydratés ou de conserves. «Nous essayons de rapprocher la nourriture le plus possible de ce qu’elle est sur Terre», affirme Michael Fohey. Mais en l’absence de produits frais, la carte change forcément peu. Menus répétitifs et pâtes parfumées Sur Mir, les mêmes menus, fournis pour moitié par les Américains et pour moitié par les Russes, reviennent inlassablement tous les six jours. Sur la navette tous les sept jours. De quoi dissuader définitivement les gourmets de voler dans l’espace et épuiser même les palais les plus endurcis. Pourtant, la nourriture a fait d’énormes progrès depuis les balbutiements de l’ère spatiale. «Au début des années 60, on se demandait même si un homme pouvait manger en apesanteur et cela nous inquiétait beaucoup», se souvient le scientifique de la NASA. Mais très vite, les premiers tubes de pâtes parfumées à la viande ou au poisson ont cédé la place aux plats précuits et déshydratés. Puis il y a eu la révolution d’Apollo 8, l’apparition de la cuillère dans les engins spatiaux. Mais, outre l’installation du frigo sur l’éphémère laboratoire Skylab américain en 1975, la cuisine de l’espace est restée surtout déshydratée, même si elle s’est beaucoup sophistiquée. Si tout va bien, la prochaine étape sera franchie à bord de la station spatiale internationale (ISS). «Le système de cuisine mis au point pour la station sera le plus sophistiqué jamais utilisé dans l’espace», se réjouit Michael Fohey. «Lorsque la station atteindra sa maturité, nous espérons y installer congélateurs et frigos pour avoir une nourriture de meilleure qualité et plus variée». Car au fil des vols spatiaux, les spécialistes de la NASA se sont rendus compte que les plaisirs de la table jouaient en orbite le même rôle primordial sur l’équilibre de leurs astronautes qu’ils jouent sur Terre pour Monsieur tout-le-monde. Spécialement lors des vols de longue durée. «Les astronautes ne mangeront pas s’ils n’aiment pas ce qu’ils mangent, c’est important physiologiquement et aussi psychologiquement», estime Michael Fohey. Grâce aux chambres froides mises au point par l’agence spatiale européenne (ESA), les habitants du futur complexe orbital disposeront des viandes, légumes et fruits qui font les délices de la vie en apesanteur. Et, les chefs de la NASA y veilleront, leurs menus ne se répéteront que tous les 30 jours. (AFP)
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