Durant 33 jours (10 juin-12 juillet), les yeux du monde entier seront braqués sur la France qui aura l’honneur d’accueillir la XVIe phase finale de la Coupe du monde de football. Un Mondial historique puisqu’il sera le dernier rendez-vous sportif planétaire du siècle. Cette Coupe du monde, que la France a déjà organisée une fois, en 1938 (pour la troisième édition), s’inscrit dans une démarche historique. C’est un Français, Robert Guérin, qui a contribué à la naissance et à l’édification de la Fédération internationale de football (FIFA) le 21 mai 1904 à Paris. Et, en 1921, ce sont encore deux Français, Jules Rimet et Henri Delaunay, qui furent à l’origine de la création de la Coupe du monde. Une compétition dont l’intérêt tous les quatre ans n’a fait que croître malgré un coup d’arrêt durant la dernière guerre. Double défi Quatorze ans après avoir organisé et remporté «son» Euro-84 avec Michel Platini joueur (9 buts), six ans après avoir réussi «ses» jeux d’hiver à Albertville, la France s’est fixé un double défi à l’aube du troisième millénaire: gagner «son» Mondial au niveau de l’organisation avec à nouveau Platini mais cette fois en costume de coprésident du Comité français d’organisation (CFO). Et conquérir enfin le monde pour devenir le sixième pays champion du monde sur ses terres après l’Uruguay (1930), l’Italie (1934), l’Angleterre (1966), la RFA (1974) et l’Argentine (1978). Ce défi est cependant loin d’être gagné sur le plan de l’organisation. La France, qui a été désignée par la FIFA le 2 juillet 1992 (par 12 voix contre 7 au Maroc), devra faire face en effet au «monstre» qu’est devenu désormais la Coupe du monde: 32 équipes en phase finale (au lieu de 24 précédemment), 64 matches en 33 jours de compétition, 704 joueurs et 2.650.000 spectateurs dont il faut assurer la sécurité. Tout cela sous les regards avides de sensationnel de 12.000 journalistes, avec une couverture médiatique sans équivalent. Selon les prévisions, le Mondial sera suivi par 37 milliards de téléspectateurs (en audience cumulée), soit près du double des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, dont 1,7 milliard pour la seule finale. Vigilance La France aura un autre défi et non des moindres à relever au cours de cette Coupe du monde qui a nécessité quelque 9,4 milliards d’investissements, dont 2,7 pour la construction du seul Stade de France: la sécurité des sites et des personnes. En plus du fléau du hooliganisme, absent du Mondial-94 aux Etats-Unis, mais qui est susceptible de faire sa réapparition France (12.000 volontaires ont été réquisitionnés et d’importantes forces de police seront mobilisées), il est un autre domaine qui inquiète davantage les autorités: le risque d’attentats terroristes. Depuis quelques jours, l’Etat au plus haut niveau, a renouvelé «son appel à la vigilance» sans céder toutefois à la psychose. Le ministère de l’Intérieur a renforcé le plan Vigipirate, notamment sur les dix départements concernés par le Mondial. Autre motif d’inquiétude pour le Comité France-98: la possibilité de grèves durant la compétition, notamment dans le domaine des transports. Malgré tous «ces petits soucis», Michel Platini est optimiste et croit au bon sens de ses compatriotes pour que «la fête soit belle». Cet aspect festif qu’il veut donner au Mondial, Platini y tient beaucoup, lui le dernier porteur de la flamme olympique aux J.O d’Albertville. «Il faut que les amateurs de football soient ravis du spectacle proposé lors des matches mais que ceux qui n’aiment pas ce sport soient contents parce qu’il se passera des choses exceptionnelles dans leur ville», dit-il. Le Brésil grandissime favori Pour la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde, une grande fête du football sera organisée le 9 juin à Paris ainsi que dans les neuf autres villes accueillant des matches (Saint-Denis, Lens, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Lyon et Saint-Etienne). Sur le plan sportif, ce dernier Mondial du XXe siècle marquera un tournant: sa phase finale réunira en effet pour la première fois 32 équipes et non plus 24 comme depuis 1982. Dernière volonté, pour des raisons d’ordre électoral en 1994, du président brésilien Joao Havelange (82 ans), qui passera la main après 24 ans de règne, juste avant le début de la compétition, et dont le successeur sera connu le 8 juin à Paris. Une fois de plus, le continent européen abordera en force ce Mondial avec le plus fort contingent de qualifiés (15) mais devra faire face à une opposition qui s’est étoffée avec le passage à 32 équipes. Le Brésil de Ronaldo, quadruple champion du monde (1958, 62, 70 et 94, un record) et tenant du titre, qui est la seule nation à avoir gagné en déplacement sur le Vieux Continent (en 1958 en Suède) alors que l’inverse ne s’est jamais produit, sera bien sûr le grandissime favori. Comme le veut la tradition depuis 1974, le Brésil (Groupe A) ouvrira d’ailleurs le bal, le 10 juin, dans le cadre grandiose du Stade de France contre l’Ecosse (17h30). Eternelle Allemagne Même si elle aura la moyenne d’âge la plus élevée du tournoi (29 ans et 7 mois), l’Allemagne (Groupe F), championne d’Europe en titre et triple championne du monde (1954, 74 et 90), sera un autre prétendant sérieux, de même que l’Italie (B), elle aussi trois fois couronnée (1934, 38 en France et 1982) et l’Argentine (H), double championne du Monde (1978 et 86). L’Angleterre, championne du Monde chez elle en 1966, s’annonce aussi comme une candidate au titre suprême malgré un Groupe G difficile (avec la Roumanie et la Colombie). On attend beaucoup de l’Espagne qui aura cependant un premier tour assez délicat dans le Groupe D, dit «de la mort», avec le Nigeria, la Bulgarie et le Paraguay. Les Pays-Bas (E) devraient également bien figurer. Quant à la France, elle a hérité d’un Groupe C relativement aisé (Afrique du Sud, Arabie Séoudite et Danemark) avant de songer aux choses sérieuses et un possible affrontement en 8e de finale avec l’Espagne ou le Nigeria. Les champions olympiques nigérians d’Atlanta, désormais dirigés par le Serbe Bora Milutinovic, figurent dans le peloton des outsiders avec la Norvège (A), le Chili (B), la Yougoslavie (F) dont ce sera le grand retour, la Roumanie (G) et la Croatie (H). L’Iran, le 32e et dernier qualifié, constituera une des grandes attractions de ce Mondial, avec notamment un duel chargé de symboles contre le «grand satan» américain le 21 juin à Lyon, de même que l’étonnante Jamaïque, un des quatre petits nouveaux avec le Japon, la Croatie et l’Afrique du Sud. Reste le jeu. Et ceux qui le font, les joueurs, qui devront avoir présent à l’esprit tout au long de la compétition le slogan de ce Mondial: «C’est beau un monde qui joue...».
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