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Actualités - Chronologie

En rang pour la photo

La Grande Muraille de Chine a parfois des airs de couloirs du métro à l’heure de pointe: on y piétine derrière des milliers de touristes chinois qui bloquent l’escalade pour se prendre mutuellement en photo marche après marche. Si l’on multiplie le nombre de déclics par celui des visiteurs, le marché chinois de la photo a de beaux jours devant lui. Le géant américain Kodak, qui en est bien convaincu, vient d’annoncer un investissement d’un milliard de dollars pour se développer dans l’Empire du Milieu face à son grand concurrent japonais Fuji. «Si la moitié de la population chinoise utilisait un film par an, le marché mondial progresserait de 25%», rêve tout haut le PDG de Kodak George Fischer. Pour l’instant, seul un foyer sur dix possède un appareil photo, utilisant en moyenne quatre pellicules par an. Mais cette moyenne nationale ne reflète pas l’engouement des grandes villes. «Nous avons deux appareils à la maison, un pour nous et un pour notre fils de 14 ans qui s’en sert lors de ses deux sorties annuelles avec l’école, témoigne à Pékin Chen Yanan, ancienne ouvrière licenciée par le secteur public. Tous ses camarades ont un appareil. Ca ne coûte qu’un peu plus de 150 yuan (18 dollars)». En ajoutant le prix de la pellicule couleur 36 poses (20 yuan, 2,4 dollars) et celui du développement (16 yuan, 2 dollars), le plaisir de la photo est accessible à la plupart des bourses citadines, même si l’on reste près de ses sous. A ce prix-là, la qualité est rarement au rendez-vous. Les couleurs des tirages sont le plus souvent abominables, les photographes artisanaux utilisant des produits chimiques périmés, et le format standard est nettement plus petit que celui des pays occidentaux. Valeur symbolique Mais les Chinois reviennent de loin. Dans les années 1970, la norme était encore aux photos noir et blanc tirées en format timbre-poste. Aujourd’hui, seuls 10 à 20% des clients utilisent encore le noir et blanc, selon un commerçant de Pékin. «Les Chinois ont encore des habitudes photographiques très différentes de celles des Occidentaux: ils attachent à la photo une valeur symbolique plus qu’esthétique», selon Hu Bin, enseignant à l’Institut national du cinéma à Pékin. «Par exemple, les provinciaux qui posent au garde-à-vous place Tiananmen cherchent avant tout un souvenir à rapporter à leurs amis pour leur prouver qu’ils sont bien allés à Pékin», estime-t-il. Les photos de monuments ou de paysages déserts sont l’exception. Dans son album personnel, Gu Xiang, journaliste à la retraite, n’a conservé qu’un seul sujet à des centaines d’exemplaires: elle-même, posant devant une multitude de sites touristiques. «A quoi bon prendre une photo sans personne dessus? Autant acheter une carte postale», dit-elle. Pour ceux qui n’ont pas la chance de s’immortaliser devant un endroit célèbre, les studios photographiques offrent toute sorte de «fonds» plus ou moins artificiels: plage à cocotiers ou montagne avec chalets suisses. Les plus riches commencent à donner de nouveaux horizons à leurs photos en les agrandissant ou en conviant un photographe professionnel à «couvrir» les grands événements de leur vie, du banquet de noces au pot de départ à la retraite. Un nouveau gadget fait fureur dans les grandes villes, l’ordinateur qui, «en quelques minutes» et pour quelques dizaines de yuan, imprime votre portrait sur une tasse, une assiette ou un porte-clefs, à côté d’une photo du port de Hong Kong célébrant le retour du territoire à la mère-patrie. (AFP)
La Grande Muraille de Chine a parfois des airs de couloirs du métro à l’heure de pointe: on y piétine derrière des milliers de touristes chinois qui bloquent l’escalade pour se prendre mutuellement en photo marche après marche. Si l’on multiplie le nombre de déclics par celui des visiteurs, le marché chinois de la photo a de beaux jours devant lui. Le géant américain Kodak, qui en est bien convaincu, vient d’annoncer un investissement d’un milliard de dollars pour se développer dans l’Empire du Milieu face à son grand concurrent japonais Fuji. «Si la moitié de la population chinoise utilisait un film par an, le marché mondial progresserait de 25%», rêve tout haut le PDG de Kodak George Fischer. Pour l’instant, seul un foyer sur dix possède un appareil photo, utilisant en moyenne quatre pellicules par an....