Neuf ans. Le régime tire à sa fin. Qu’aura-t-il réalisé? Même vu sous l’angle de ses propres objectifs, pas grand-chose. Les réformes constitutionnelles qu’il réclame pour rééquilibrer les pouvoirs restent lettre morte. Elles sont pourtant minimes, timides, comme honteuses et se limitent aux délais de signature des décrets sans toucher aux prérogatives fondamentales des deux autres présidences… Le chef de l’Etat a quand même dû renoncer à tenter de les imposer, pour éviter des disputes et bien évidemment sur le conseil pressant des décideurs. Pour compenser il a fait une déclaration «forte», affirmant notamment que le Liban ne peut continuer à vivre à l’ombre de l’actuelle Constitution qui produit un corps à trois têtes qui comme l’hydre, se piquent, se mordent l’une l’autre quand elles entrent en conflit. Dans une autre déclaration, M. Elias Hraoui a préconisé que le président de la République soit élu au suffrage universel pour disposer de larges pouvoirs et pour être responsable, c’est-à-dire pour devoir rendre compte s’il commet des erreurs, le but étant de doter l’Etat d’une seule tête. Un thème qu’il n’a pas repris, sur lequel il n’a pas insisté car là aussi il y avait matière à provoquer tollé et polémique. Que l’on n’a pas pu éviter, comme on sait, pour le mariage civil, autre proposition majeure du régime. Et autre déconvenue puisque là aussi il a fallu battre en retraite, non pas tant à cause de la levée de boucliers des pôles religieux qu’en raison encore une fois des conseils des décideurs. Un projet qui était pourtant d’une importance réelle, sinon capitale, puisqu’il amorçait concrètement la laïcisation des éléments de la vie publique libanaise et constituait un premier pas vers un Etat débarrassé des scories du confessionnalisme. Retour aux équilibres, le régime n’a pas non plus été en mesure d’imposer en matière de législatives une loi électorale assurant l’égalité entre toutes les régions, toutes les composantes communautaires du pays politique et une saine représentativité des différentes couches de la population . Côté municipales il n’a également pas pu faire passer le principe des désignations partielles qui devait à ses yeux garantir une représentation confessionnelle équilibrée, ce qui revient en clair à protéger les chrétiens , en sous-nombre, de toute discrimination. De même sous le présent régime, l’application de Taëf est restée inachevée. Toujours pas de décentralisation administrative, de Conseil économique et social, de nouveau code des naturalisations (un gros dérapage ayant été au contraire enregistré sur ce plan en 1994…), de retour des réfugiés à leurs villages. Ou de redéploiement des forces syriennes. Et il n’y a eu aucune concrétisation des accords conclus entre les trois présidents eux-mêmes pour régler les conflits qui les opposaient: pas de nouveau système pour surveiller de plus près les institutions publiques, les caisses et les grandes municipalités; pas de rotation des directeurs généraux; pas de dynamisation des corps de contrôle administratif comme la Fonction publique ou l’Inspection centrale; pas de dépoussiérage du Code de la fonction publique ni du démarrage du plan de six ans pour dégraisser l’administration et en réduire les effectifs; pas de suppression des effets de l’arrêt numéro quatre sur les années de service des militaires, et pas d’économie non plus par l’arrêt des indemnités spéciales que touchent les fonctionnaires qui accompagnent des responsables dans leurs voyages à l’étranger; l’article 38 du Code des retraites et des indemnités de fin de service des fonctionnaires n’a toujours pas été retouché; les voitures de fonction continuent à être utilisées à des fins personnelles, tandis que les fonctionnaires continuent à toucher des primes supérieures à 75% de leurs traitements au mépris des règlements ainsi que des bons d’essence… On n’a pas non plus supprimé comme promis les indemnités de retraite des présidents et des députés ni appliqué les mesures de compression des dépenses administratives préparées par le ministère de la Justice. On le voit, beaucoup de choses sont restées en l’air. Et l’on comprend M. Elias Hraoui quand il affirme lui-même n’être pas satisfait des réalisations sous son régime.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Neuf ans. Le régime tire à sa fin. Qu’aura-t-il réalisé? Même vu sous l’angle de ses propres objectifs, pas grand-chose. Les réformes constitutionnelles qu’il réclame pour rééquilibrer les pouvoirs restent lettre morte. Elles sont pourtant minimes, timides, comme honteuses et se limitent aux délais de signature des décrets sans toucher aux prérogatives fondamentales des deux autres présidences… Le chef de l’Etat a quand même dû renoncer à tenter de les imposer, pour éviter des disputes et bien évidemment sur le conseil pressant des décideurs. Pour compenser il a fait une déclaration «forte», affirmant notamment que le Liban ne peut continuer à vivre à l’ombre de l’actuelle Constitution qui produit un corps à trois têtes qui comme l’hydre, se piquent, se mordent l’une l’autre quand...