L’irritation est vive en Inde vis-à-vis des pays occidentaux, dont les condamnations sur le plan moral des essais nucléaires indiens y sont souvent jugées comme ayant des relents à peine déguisés de colonialisme et de racisme. Les références à la pauvreté d’un pays se permettant de développer à grands frais des armes nucléaires, venant surtout de pays disposant de vastes arsenaux atomiques, ont touché des nerfs à fleur de peau. On ne comprend pas également pourquoi les Etats-Unis, notamment, tolèrent une puissance nucléaire déclarée comme la Chine communiste totalitaire et condamnent en même temps un pays qui est depuis 50 ans, malgré de nombreux défauts, une démocratie, la plus grande dans le monde. Mais ce qui a surtout fait bondir hommes politiques, commentateurs et éditorialistes sont les accusations selon lesquelles l’Inde a agi de façon «irresponsable». «L’Occident a affirmé qu’il pouvait avoir des armes nucléaires et nous pas. Pourquoi? Quel crime avons-nous commis», s’est insurgé le premier ministre Atal Behari Vajpayee. Khalim Bahadur, directeur des études asiatiques à l’Université Jawaharlal Nehru, estime que les pays occidentaux font preuve de condescendance: «Comment cette petite Inde se permet-elle cela? Comment osent-ils présumer qu’ils puissent être membres de notre club?». Des journaux indiens ont dénoncé la manière dont la presse internationale a parfois présenté les essais indiens, notamment avec des dessins clichés montrant par exemple un nuage atomique autour d’un charmeur de serpents. L.K. Sharma, éditorialiste au Times of India, a été particulièrement irrité par les références occidentales au Mahatam Gandhi, l’apôtre de la non-violence dont l’Inde a été accusée de trahir l’héritage. Un Etat paria Il note que New Delhi a été félicitée pour avoir abandonné l’idéal gandhien d’autarcie économique en s’ouvrant sur le monde, tout en étant critiquée pour vouloir imiter l’Occident dans sa politique nucléaire. Les pays occidentaux, affirme-t-il avec amertume, aimeraient pouvoir être sûrs que ce pays de 970 millions d’habitants «reste un marché pour leurs avions, produits pharmaceutiques, vieux chars et missiles obsolètes». Tout en déplorant les essais indiens, B.G. Verghese, du Centre de recherches politiques, dénonce les réactions internationales: «L’Inde est traitée comme un Etat paria, comme la Libye et l’Irak». «Il y a aussi une utilisation excessive de stéréotypes racistes, l’idée que les musulmans et les hindous ne peuvent agir de façon responsable, que nous sommes des barbares irresponsables», dit-il. «C’est de la foutaise, cela montre qu’il y a des normes différentes» pour différents pays. L’Inde se veut, ne serait-ce que de par sa taille, puissance majeure, nucléaire. «C’est le droit de l’Inde, le droit d’un sixième de l’humanité», a déclaré mercredi au Parlement M. Vajpayee. La colère indienne vise surtout les Etats-Unis, qui ont imposé des sanctions économiques, réaction jugée «hypocrite» par V.N. Datta, président du Congrès historique indien, qui note que l’Inde a effectué au total six tests nucléaires, contre les 1.032 essais américains. Mais l’Inde a également répondu avec colère à l’Union européenne, qualifiant d’«ultimatum» son appel à signer le traité bannissant les tests sous peine de sanctions. «De telles suggestions sont d’autant plus surprenantes qu’elles viennent de ceux qui, soit possèdent des armes nucléaires, soit bénéficient de la protection d’un parapluie nucléaire», a répliqué sur un ton vif le ministère indien des Affaires extérieures. La déclaration de l’UE avait des accents de «langage colonial», a jugé le Times of India. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’irritation est vive en Inde vis-à-vis des pays occidentaux, dont les condamnations sur le plan moral des essais nucléaires indiens y sont souvent jugées comme ayant des relents à peine déguisés de colonialisme et de racisme. Les références à la pauvreté d’un pays se permettant de développer à grands frais des armes nucléaires, venant surtout de pays disposant de vastes arsenaux atomiques, ont touché des nerfs à fleur de peau. On ne comprend pas également pourquoi les Etats-Unis, notamment, tolèrent une puissance nucléaire déclarée comme la Chine communiste totalitaire et condamnent en même temps un pays qui est depuis 50 ans, malgré de nombreux défauts, une démocratie, la plus grande dans le monde. Mais ce qui a surtout fait bondir hommes politiques, commentateurs et éditorialistes sont les...