Les enfants des mines de Bolivie, des plantations du Brésil, ou des rues du Sénégal ont un point commun: c’est la pauvreté de leur famille qui les a exclus de l’école et les a obligés à travailler, une pauvreté aggravée un peu partout dans le monde par les carences des politiques publiques. La seule estimation existante, celle du Bureau international du travail (BIT), fait état de 250 millions d’enfants de 5 à 14 ans au travail (un enfant sur quatre). Pour Michel Bonnet, expert de ce secteur, le travail des enfants «est profondément imbriqué dans l’économie mondiale». Tout d’abord par ses causes, explique-t-il: «La cause numéro un est la pression économique qui s’exerce sur les familles» pauvres et qui est aujourd’hui accentuée par les programmes d’ajustement structurel (imposés par le FMI aux pays en développement du Sud endettés) et les politiques de rigueur (dans les pays riches). Faute de politiques sociales publiques, les familles pauvres n’ont aucun moyen de scolariser leurs enfants (c’est le cas de 141 millions d’enfants dans le monde): la seule issue est qu’ils contribuent à la subsistance familiale. C’est aussi les enfants des familles pauvres que s’approprient les prêteurs véreux (servitude pour dette en Inde, au Népal, au Pakistan), les réseaux de prostitution forcée (Philippines, Thaïlande, Brésil), ou les adultes qui les obligent à mendier (enfants indiens, philippins, albanais, roumains). A cela s’ajoute l’acceptation, encore générale dans les pays en développement, du fait que les enfants pauvres doivent travailler, surtout les filles dont la scolarité est jugée superflue. Transition brutale Dans le tiers-monde, la plupart des enfants travailleurs participent aux tâches agricoles et domestiques (planter le riz, garder les troupeaux, puiser l’eau...) de la famille. Seule une minorité serait salariée: 8% dans l’industrie, selon le BIT, 8% dans le commerce et l’hôtellerie, 6% dans les services, 1% dans les mines et les carrières. Mais que ce soit sous forme autonome ou salariée, les enfants actifs tiennent une place dans l’économie de leur pays. C’est vrai pour leur contribution à l’artisanat et aux cultures de rente (sisal, canne à sucre, coton, thé, jasmin, café...). Ils occupent aussi une grande place dans l’«économie populaire» (métiers de rue, artisanat informel) comme laveurs de voitures, «parking boys», ramasseurs de déchets, vendeurs ambulants ou cireurs de chaussures. Dans le secteur des services, le travail domestique, aussi répandu que dissimulé, en requiert des milliers: adolescents philippins, indiens ou sri-lankais dans les pays du Golfe, «petites bonnes» africaines ou latino-américaines. C’est également vrai pour le secteur industriel: s’il ne concerne que peu d’enfants, la recherche des plus bas coûts et d’une main-d’œuvre docile, y est intensive. Il n’est donc pas rare que des enfants extraient le charbon des mines (Bolivie, Pérou, Colombie), façonnent des briques, fabriquent des vêtements, tapis, meubles, jouets, ou articles de sport (Pakistan, Inde, Chine, Bangladesh, Vietnam. Sur ce plan, les pays industrialisés se savent concernés: on voit des enfants coudre le cuir en Italie, travailler sur des chantiers au Portugal, livrer des pizzas aux Etats-Unis. Sur les deux millions d’enfants actifs dans l’UE, beaucoup vont également à l’école, mais certains ne la fréquentent plus. C’est aussi le cas en Europe de l’Est, où la brutale «transition» économique en a poussé des milliers à gagner leur vie. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les enfants des mines de Bolivie, des plantations du Brésil, ou des rues du Sénégal ont un point commun: c’est la pauvreté de leur famille qui les a exclus de l’école et les a obligés à travailler, une pauvreté aggravée un peu partout dans le monde par les carences des politiques publiques. La seule estimation existante, celle du Bureau international du travail (BIT), fait état de 250 millions d’enfants de 5 à 14 ans au travail (un enfant sur quatre). Pour Michel Bonnet, expert de ce secteur, le travail des enfants «est profondément imbriqué dans l’économie mondiale». Tout d’abord par ses causes, explique-t-il: «La cause numéro un est la pression économique qui s’exerce sur les familles» pauvres et qui est aujourd’hui accentuée par les programmes d’ajustement structurel (imposés par le FMI aux pays...