La disparition de la peseta au profit de l’euro va inciter l’archipel espagnol des Baléares, qui reçoit chaque année neuf millions de vacanciers, à se débarrasser de son image de destination bon-marché pour développer le «tourisme haut de gamme». Destinée à se démarquer définitivement des pays touristiques à monnaie faible, cette volonté de freiner le tourisme de masse est accrue par des sérieux problèmes environnementaux, notamment le manque d’eau potable, qui ont amené les autorités locales à déclarer l’archipel «touristiquement saturé», et à geler pour une durée indéfinie le nombre de places d’hébergement. «L’évolution vers le tourisme de qualité est une stratégie adoptée depuis longtemps, mais avec l’inclusion de l’Espagne et des Baléares dans l’euro, elle devient la seule et unique possibilité», estime le ministre de l’Economie et des Finances de l’archipel, le conservateur Antoni Rami. La faiblesse de la peseta a longtemps fait des Baléares une destination de choix pour les vacanciers d’Europe du Nord, notamment les Allemands, qui représentent aujourd’hui environ la moitié des visiteurs. «Maintenant que le secteur touristique ne va plus pouvoir bénéficier des fluctuations de la peseta, améliorer le rapport qualité-prix devient une exigence», insiste M. Rami. Objectif: remplacer progressivement gratte-ciel hôteliers en bord de mer, blocs d’appartements de vacances et autres «usines à touristes désargentés» qui pullulent dans les îles de Majorque et d’Ibiza, par des établissements de meilleur goût, attirant un touriste recherchant les charmes de la vie rurale méditerranéenne plus que le simple alignement de plages. Flambée des prix Les Baléares espèrent ainsi troquer progressivement leur image «d’îles bon marché» — en Allemagne, on a même longtemps parlé «d’îles des femmes de ménage» — pour celle «d’îles où il fait bon vivre». Le but est de se placer au-dessus de toute comparaison avec des pays comme le Maroc ou la Tunisie, qui deviendront plus intéressants que l’Espagne pour le touriste recherchant avant tout le soleil à bas prix, mais aussi d’affronter la rude concurrence de la France dans le secteur du tourisme de qualité. En revanche, l’arrivée de l’euro posera moins de problèmes psychologiques aux 760.000 habitants des Baléares, dont le revenu par tête est supérieur de 13% à la moyenne européenne grâce au tourisme, qu’à ceux d’autres régions du continent. «Le changement de monnaie est quelque chose d’habituel pour nous: nous passons déjà notre temps à traduire les prix en pesetas en deutschmarks, en livres ou en francs pour que nos clients nous comprennent. Avec l’euro, le dialogue sera même plus facile pour tout le monde», opine M. Rami. Curieusement, la perspective de l’euro a commencé à changer la vie des insulaires bien avant janvier 1999. Responsables de cette situation: les Allemands, en général méfiants à l’égard de la monnaie unique, et pris depuis environ cinq ans d’un engouement effréné pour l’immobilier aux Baléares. «Les gens ne savent pas très bien ce qui va se passer avec le mark et les taux d’intérêt en Allemagne, alors ils investissent leurs économies dans des immeubles à Majorque, où ils recherchent aussi la qualité de vie», explique Kai Dorst, directeur commercial de l’agence immobilière Kuhn und Partner, exclusivement consacrée à la vente de maisons de vacances aux étrangers (les clients sont à 75% Allemands). La flambée des prix qui en a résulté n’est pas pour déplaire aux petits propriétaires terriens de Majorque, dont beaucoup se sont considérablement enrichis. Certains commencent toutefois à s’interroger sur les conséquences à long terme de cette fièvre: selon une étude de l’Université des Baléares, le drapeau germanique flotte aujourd’hui sur près de 20% des terrains de leur île. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La disparition de la peseta au profit de l’euro va inciter l’archipel espagnol des Baléares, qui reçoit chaque année neuf millions de vacanciers, à se débarrasser de son image de destination bon-marché pour développer le «tourisme haut de gamme». Destinée à se démarquer définitivement des pays touristiques à monnaie faible, cette volonté de freiner le tourisme de masse est accrue par des sérieux problèmes environnementaux, notamment le manque d’eau potable, qui ont amené les autorités locales à déclarer l’archipel «touristiquement saturé», et à geler pour une durée indéfinie le nombre de places d’hébergement. «L’évolution vers le tourisme de qualité est une stratégie adoptée depuis longtemps, mais avec l’inclusion de l’Espagne et des Baléares dans l’euro, elle devient la seule et...