Les affrontements sanglants des derniers jours dans le territoire séparatiste d’Abkhazie ont fait quelque 30.000 réfugiés et poussé le président géorgien Edouard Chevardnadzé à proposer une solution «fédérale» pour régler une crise qui mine son pays depuis l’indépendance. «Nous proposons à l’Abkhazie le statut de sujet d’un Etat fédéral. En échange, nous exigeons le retour des 25.000 à 30.000 réfugiés civils qui ont dû quitter la région ces derniers jours», a déclaré le président Chevardnadzé dans une allocution à la radio. L’Abkhazie, à population majoritairement musulmane dans une Géorgie orthodoxe, a unilatéralement proclamé son indépendance en 1992. Avec le soutien discret de la Russie, ce petit territoire a remporté en 1993 une guerre d’indépendance, qui a fait près de 7.000 morts. Depuis, la Géorgie continue de considérer l’Abkhazie comme une région autonome. Mais les Abkhazes vivent en fait dans une situation d’indépendance de facto, étouffés par un blocus économique imposé par Tbilissi. Les autorités séparatistes abkhazes n’avaient pas réagi, lundi soir, aux propositions de M. Chevardnadzé. La semaine dernière, de violents affrontements ont opposé les forces séparatistes à des milices géorgiennes de volontaires, dans la «zone de sécurité» théoriquement contrôlée par l’ONU. Le pouvoir géorgien a accusé les forces russes de maintien de la paix d’avoir été complices des séparatistes. L’origine de ces affrontements est discutée, chaque camp accusant l’autre de provocation. Les bilans, très contradictoires selon les sources, font état de plusieurs dizaines de morts, dont de nombreux civils. Lundi dans la journée, un journaliste entré en Abkhazie a pu voir des maisons en feu et entendre des échanges de tir, bien que M. Chevardnadzé ait affirmé qu’un accord de principe sur un cessez-le-feu avait été négocié dès dimanche soir. La «Légion Blanche» Dans le village de Gaguida, tenu par des volontaires géorgiens, des accrochages sporadiques se produisaient lundi. Le village était traversé par un flot de réfugiés, poussant devant eux leur bétail, quittant des villages en flammes. Selon la télévision géorgienne, ce sont 30.000 personnes qui ont fui les combats en quelques jours pour gagner la Géorgie, où les autorités locales aidées par des associations humanitaires ont commencé à les installer. «Même lors du premier conflit, on était restés chez nous», témoigne Maria Tadoua, une réfugiée de 56 ans. «Mais cette fois on doit partir, ça tire dans tous les sens, jamais on n’aurait imaginé que cela prendrait de telles proportions». Les ministres géorgiens de l’Intérieur, Kakha Tarkomadzé, et des Affaires étrangères, Irakli Menagarichvili, ont été dépêchés en Abkhazie pour négocier un cessez-le-feu. «La Géorgie n’acceptera pas la perte de l’Abkhazie», a lancé M. Chevardnadzé. «Toutefois, a-t-il ajouté dans un souci d’apaisement, nous n’avons pas envoyé de troupes régulières là-bas, c’était un choix difficile, mais cela aurait été le déclenchement d’une nouvelle guerre. Nous devons toutefois reconnaître que nous accordons toutes sortes d’aides à la résistance populaire», a-t-il dit. Les combats opposent les troupes séparatistes abkhazes à la «Légion Blanche», une milice armée de volontaires géorgiens. Le président géorgien a par ailleurs accusé la Russie, qui a déployé des troupes de maintien de la paix dans la région, d’avoir aidé les séparatistes. «On ne se mêle pas aux combats», a assuré un officier russe de la force de paix, Andreï Kharimov, «nous ne sommes pas en mesure d’arrêter ce conflit, et je ne vois pas pourquoi nos gars devraient périr pour cette cause». Une force d’interposition de plus de 1.500 hommes de la Communauté des Etats indépendants (CEI), composée en majorité de Russes, est déployée dans une zone-tampon de 12 km, à la «frontière» entre l’Abkhazie et la Géorgie, le long de la rivière Ingourie. (AFP, Reuters)
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