Nanni Moretti, depuis «Cario Diario», est porté sur le journal intime en images. «Aprile», présenté à Cannes en compétition, est le deuxième volet de ce journal, tourné au gré de l’évolution politique de l’Italie et des tétées de son fils Pietro. Interrogé par «Le Figaro», le cinéaste italien, qui paraît souvent agacé et dont la voix recèle quelque chose de péremptoire, a été avare de détails sur le fonctionnement même du tournage. «On a suivi un plan de travail qui était un peu hors norme», s’est-il contenté de déclarer. Le plan de travail pourrait toutefois être reconstitué, «Aprile» mélangeant des images de télévision, du documentaire filmé (déclaration d’indépendance de la Padanie, arrivée des cargos de réfugiés albanais) et des scènes de fiction où le petit Pietro tient une large place. Dans ces conditions, quand Moretti a-t-il décidé que son film était terminé? «Quand j’ai trouvé le courage de tourner la scène qui me causait le plus d’embarras, celle de Hyde Park». On y voit Moretti, haranguer la foule des badauds et discourir en italien, tout en distribuant des tracts, sans doute en italien eux aussi. «Je la renvoyais sans cesse, parce qu’il fallait la tourner le dimanche, à l’étranger. C’est bien la dernière scène que nous avons tournée je crois», se souvient-il. «C’est passionnant mais très fatiguant de travailler dans ces conditions et je suis content parce que le prochain film aura un scénario classique», dit-il encore. En revanche, les scènes tournées dans l’appartement romain de Moretti ont suivi le marché normal d’un film de fiction. «Beaucoup de scènes ont été tournées en un seul plan, pour simplifier le tournage mais de nombreuses prises ont été faites pour ces plans uniques», a-t-il dit. Mémoire courte Les acteurs, ou les proches et connaissances du cinéaste montrés à l’écran paraissent non jouer mais parler spontanément, comme s’il n’y avait pas de caméra. «Ce que l’on croit spontané résulte en fait d’un long travail sur le jeu d’acteur, comme j’en ai l’habitude; donc ce n’est pas du tout spontané». Moretti n’est pas davantage gêné de montrer sa vie privée à l’écran. «Ce qui m’embarasserait, ce serait de parler des mêmes choses durant un talk-show, parce que là, je ne serais pas le réalisateur», fait-il valoir. «Aprile», au vu des différentes déclarations des cinéastes, ne paraît pas devoir donner lieu à une suite du journal intime. Du moins pas dans l’immédiat. «Beaucoup de gens voient dans ce film la clôture d’un cycle et l’ouverture d’un autre cycle. Pour ma part, je n’en sais rien. Il y a dans «Aprile» Pietro, un fragment de comédie musicale, moi dans les rues de Rome en scooter avec une cape... On verra bien où tout cela mènera». Moretti aime à rappeler que l’Italie a la mémoire courte. Le soir de la victoire de la droite, et donc de Berlusconi, aux législatives (28 mars 1994), c’est ainsi que commence «Aprile». Le présentateur d’un des journaux télévisés de Berlusconi tresse une couronne de lauriers à son patron. C’est une image de télévision de l’époque directement montée sur le négatif. «Des gens que je connais m’ont dit que j’avais recréé tout ça, qu’il n’avait jamais dit ça. ‘Tu lui as écrit la scène’, m’ont-ils dit», a expliqué Moretti. «Tout ça pour dire combien notre mémoire est courte en Italie et à quel point c’est parfois important d’extraire quelque chose hors de son contexte et, paradoxalement, ces images acquièrent plus d’importance quand elles sont intégrées dans un autre domaine», a-t-il ajouté, dénonçant «l’énormité de cet esprit partisan». «On s’habitue aux personnages télévisuels parce qu’on a l’impression qu’ils font partie de la famille, c’est en cela que la télévision est violente», a-t-il conclu. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Nanni Moretti, depuis «Cario Diario», est porté sur le journal intime en images. «Aprile», présenté à Cannes en compétition, est le deuxième volet de ce journal, tourné au gré de l’évolution politique de l’Italie et des tétées de son fils Pietro. Interrogé par «Le Figaro», le cinéaste italien, qui paraît souvent agacé et dont la voix recèle quelque chose de péremptoire, a été avare de détails sur le fonctionnement même du tournage. «On a suivi un plan de travail qui était un peu hors norme», s’est-il contenté de déclarer. Le plan de travail pourrait toutefois être reconstitué, «Aprile» mélangeant des images de télévision, du documentaire filmé (déclaration d’indépendance de la Padanie, arrivée des cargos de réfugiés albanais) et des scènes de fiction où le petit Pietro tient une...