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Actualités - Reportage

Bras de fer en perspective à Baabdate et à Beit-Méry

Comme une grande partie des localités du Metn, Baabdate, Broummana et Beit-Méry-Aïn Saadé affûtent leurs armes en prévision de la bataille du dimanche, qui mettra face à face dans chacune d’elles deux listes rivales, ayant ceci en commun: elles se situent presque toutes dans le camp de l’opposition. Mais si tout est déjà prêt à Broummana et à Beit-Méry, on ne peut pas en dire autant de Baabdate où la fièvre électorale est à son paroxysme et où l’on attend toujours que les deux listes, qui s’affronteront dimanche, soient annoncées. Dans les élections municipales de ces trois localités du Metn-Nord, il est évident que c’est le facteur familial qui entre en jeu, beaucoup plus que le facteur politique, ce qui peut être attribué à l’absence de partis et à l’importance des susceptibilités locales propres à chaque localité. En d’autres circonstances, la présence sur une même liste de candidats appartenant parfois à des courants politiques opposés aurait pu choquer. Pas aujourd’hui, d’autant que cette tendance semble s’étendre à de nombreuses régions libanaises. A Baabdate, Broummana et Beit-Méry, les candidats en lice s’accordent aussi pour dire que le Pouvoir n’a pas d’influence dans ces localités, ce qui explique aussi le panachage politique de certaines listes et les alliances qui auraient pu paraître, en d’autres temps, contre-nature. Comme ailleurs aussi, l’échéance électorale a ravivé d’anciennes rivalités familiales et si à Broummana, les Achkar et les Rizk ont pu s’unir dans une même liste, cela n’a pas été le cas à Baabdate et à Beit-Méry où la bataille s’annonce particulièrement féroce. A Baabdate, la liste d’Assaad Labaki, soutenue par le député Nassib Lahoud, devra affronter celle de Nabil Lahoud, soutenue par le Dr Sélim Salhab et le Courant national libre, alors qu’à Beit-Méry, la liste du Dr Albert Moukheiber qui a groupé autour de lui tous les courants de l’opposition livre bataille à celle cautionnée par l’ancien député Riyad Abou Fadel. A Baabdate, Broummana et Beit-Méry, l’opposition se dit certaine de pouvoir remporter haut la main les élections étant donné la forte assise populaire dont elle bénéficie, mais le spectre d’une intervention et de pressions de l’Etat est très fort. On parle d’ores et déjà de pressions exercées sur certains électeurs et candidats. Ce qu’on craint surtout dans ces localités, c’est un parachutage de listes d’électeurs contrefaites, le bruit qui court étant que des listes sur lesquelles on a ajouté les noms de personnes récemment naturalisées seront distribuées dimanche aux bureaux de vote. Le souvenir des législatives de 1996 est toujours très vivace au Metn. Alerte comme à son habitude, le Dr Albert Moukheiber, qui a annoncé dimanche une liste complète à Beit-Méry, répercute des rumeurs selon lesquelles le ministère de l’Intérieur détient des annexes des listes d’électeurs, comprenant, entre autres, les noms de personnes naturalisées il y a quelques années et qui n’ont toujours pas été présentées aux électeurs pour vérification. La rumeur dit que ces listes ne seront rendues publiques que le jour des élections, afin de barrer la route devant toute vélléité de contestation et qu’elles seront directement confiées aux chefs des bureaux de vote. M. Moukheiber est conscient qu’une fraude pareille ne peut pas passer inaperçue, puisque tout le monde se connaît dans ces trois localités, mais met en garde contre les répercussions d’une telle manœuvre sur les résultats du scrutin. Il ne veut accuser personne du moment qu’il n’a aucune preuve d’un pareil projet mais il reste sur ses gardes: ses délégués sont en train de prendre connaissance de tous les textes de loi en rapport avec les élections afin de pouvoir déceler toute éventuelle fraude. Un curieux mélange d’alliances Beit Méry fait partie de ces localités présentant un curieux mélange d’alliances. Bien qu’il ait été combattu en 1996 par le courant aouniste qui lui en avait voulu d’avoir participé aux élections législatives, M. Moukheiber coordonne de nouveau aujourd’hui avec le Courant national libre. La liste qu’il cautionne regroupe les divers courants de l’opposition et bénéficie de l’appui incontestable du courant aouniste, du Bloc national, de l’opposition Kataëb et même du PNL dont l’un des proches pourtant, M. Issam Barakat, figure sur la liste rivale. Celle-ci groupe aussi parmi ses membres des figures proches du ministre de l’Intérieur, M. Michel Murr. A Beit-Méry, on se réfère d’ailleurs à cette liste incomplète, par la «liste Murr». Etant donné la vieille rivalité Murr-Moukheiber, la bataille qui s’annonce à Beit-Méry sera féroce, même si dans cette localité on s’accorde pour dire que le ministre de l’Intérieur n’y a pas une forte assise populaire. La liste Moukheiber est confiante dans le choix des électeurs. «Au Mont-Liban, il y a un sentiment de haine contre le Pouvoir pour plusieurs raisons. L’opposition que vous y trouvez est saine», déclare le Dr Moukheiber qui affirme qu’il n’était pas possible de parvenir à une coalition à Beit-Mery parce qu’il est hors de question pour lui de composer avec des personnes qui suivent une politique contraire à la sienne et qui sont proches du gouvernement. C’est dans cet esprit qu’il offre également son soutien à certaines listes électorales dans plusieurs localités, en mettant en garde contre les tentatives du Pouvoir de s’infiltrer dans les listes de l’opposition afin de les affaiblir. Le Dr Moukheiber juge indispensable qu’un conseil municipal soit formé d’une équipe homogène pour pouvoir donner le meilleur de lui-même. Beit-Méry, note-t-il, a été longtemps abandonnée et pour la développer, il y a beaucoup à faire. La liste Moukheiber comprend quinze candidats . La liste cautionnée par l’ancien député Riyad Abou Fadel a été laissée incomplète pour préserver deux places à deux candidats indépendants, M. Pierre Emile Eddé à Beit-Méry et Mlle Nada Semrani, à Aïn Saadé. M. Abou Fadel accuse ses adversaires, sans les nommer, de n’avoir pas accepté une liste de coalition à Beit-Méry «pour des raisons partisanes et féodales». Il trouve normal que la liste qu’il soutient représente divers courants politiques en soulignant que les élections municipales ne peuvent en aucun cas être politisées. «Ma liste comprend des gens qui ne partageaient pas mes points de vue lorsque j’étais député. Le choix des candidats se fait sur base de leurs compétences et du nombre de voix qu’ils peuvent assurer». Et s’il a laissé une place pour M. Eddé et pour Mlle Semrani sur sa liste, c’est «par respect pour eux, pour l’indépendance à laquelle ils sont attachés». M. Eddé, qui présente un ambitieux programme de développement pour Beit-Méry, était pressenti sur la liste Moukheiber, mais finalement c’est un autre candidat du Bloc national qui a été pris sur cette liste. M. Eddé précise que c’est en tant que candidat neutre qu’il se présente aux élections. «Durant la guerre, les Eddé avaient pris une décision de neutralité et je faisais moi-même partie d’une association neutre, qui est la Croix-Rouge». M. Eddé explique qu’il avait tenté d’œuvrer pour une coalition sur base de l’appartenance familiale et non pas politique. «Mais tout le monde campait sur sa position sur base de statistiques. J’ai essayé de former une liste de jeunes mais certains n’étaient pas très favorables à cette idée, sans compter qu’une troisième liste porterait préjudice au village. Je suis toujours la ligne des Eddé et je reste ouvert à tout le monde. Je me présente donc aux élections sur base de mes qualifications». Directeur de projet de l’infrastructure et de la promotion immobilière à Solidere, M. Eddé croit résolument au changement qui s’opère du bas et non du haut de la pyramide et affirme que même s’il ne sera pas élu, il continuera d’œuvrer pour le service de sa communauté et de concrétiser les projets qu’il envisage pour sa localité. A Broummana, le paysage électoral est presque identique, sauf que la liste présidée par M. Pierre Achkar est pratiquement certaine de remporter les élections, d’abord parce qu’elle est complète et ensuite parce qu’elle est formée des Achkar et des Rizk, deux familles traditionnellement rivales mais qui se sont unies pour cette bataille des municipales. Face à elle, la liste formée par le Dr Nadim Karam est demeurée incomplète: elle comprend, outre le médecin, Antoine Farah, Marie Zalzal, Hani Abou Fadel, Daoud Tawil, Anouar Assouad, Georges Achkar et Vincent Béchara. Celle qui est soutenue par les Achkar et les Rizk bénéficie du soutien des courants de l’opposition dont les pôles affirment d’ailleurs que Broummana est peut-être la seule localité où ils se sentent vraiment tranquilles. La liste comprend pourtant des figures qui ne relèvent pas de l’opposition. M. Pierre Achkar précise à ce sujet que sa liste est à l’image du pays, en ce sens qu’elle constitue une petite mosaïque des différentes communautés libanaises et «illustre de la sorte la formule de la coexistence». La population de Broummana compte 10% de druzes, ainsi que des chiiites et des sunnites. M. Achkar présente aussi sa liste comme étant celle d’une coalition «parce qu’elle comprend des personnes qui n’étaient pas habituellement avec nous». La rivalité entre les Achkar et les Rizk remonte à plus de 50 ans. Ils ont décidé de s’unir pour le développement de leur localité, barrant en même temps la route devant toute possibilité d’intervention «extérieure qui aurait d’ailleurs semé la pagaille à Broummana», poursuit M. Achkar. Face à lui, le Dr Nadim Karam regrette qu’il n’y ait pas eu de consensus dans la localité affirmant qu’il avait mené des efforts dans ce sens. Et s’il n’a pas pu former une liste complète, c’est, dit-il, en raison de l’insuffisance du nombre des candidats aux élections. Ses colistiers, dit-il, n’appartiennent pas à des courants politiques déterminés, mais partagent la même vision pour leur localité et croient au changement. «Il faut donner le choix à la population», affirme-t-il. Baabdate: Lahoud v/s Lahoud Le cas de Baabdate reste différent dans la mesure où deux cousins s’affrontent et semblent chacun déterminé à mener jusqu’au bout sa bataille contre l’autre. Jusqu’à dimanche, d’ultimes efforts étaient déployés pour aboutir à un consensus entre la liste d’Assaad Labaki soutenue par le député Nassib Lahoud et celle de Nabil Lahoud, appuyée par le président du Bloc national, le Dr Sélim Salhab et le Courant national libre. En vain. M. Nabil Lahoud doit annoncer ce matin la composition de la liste qu’il dirige et qui comprend 12 membres. M. Assaad Labaki doit en faire autant incessamment. Et si la bataille promet d’être une des plus dures dans le Metn-Nord, c’est parce que les deux parties jouissent chacune d’une importante assise au sein de la localité. Selon diverses sources concordantes à Baabdate, il faut situer le conflit électoral dans cette localité, dans le cadre de la vieille et traditionnelle rivalité entre le clan du général Jamil Lahoud (père du commandant de l’armée le général Emile Lahoud et du juge Nasri Lahoud) et celui de M. Sélim Lahoud, père du député. Les formules de compromis proposées au cours des dernières semaines ont toutes été rejetées par l’une ou l’autre partie. Le député Nassib Lahoud, qui souhaitait éviter une bataille à Baabdate, avait proposé que la présidence de la municipalité soit assumée par alternance par Assaad Labaki (trois ans) et Nabil Lahoud (trois ans), mais cette formule n’a pas été acceptée par le clan de M. Nabil Lahoud, qui a en outre opposé un véto catégorique à M. Assaad Labaki. Ce dernier avait été pressenti comme candidat consensuel par le député. A quatre jours des municipales, le paysage électoral se présente comme suit à Baabdate: le clan de Nabil Lahoud, le courant du Bloc national représenté par le Dr Sélim Salhab et la famille Charabati font bloc contre le clan de Nassib Lahoud et la famille Labaki. Aussi bien dans les milieux proches de M. Nassib Lahoud que du Dr Salhab, on assure que ce sont des considérations strictement familiales qui entrent en jeu dans la bataille à Baabdate où l’on pense que si un Labaki accèdera à la présidence de la municipalité de la localité, c’est un Charabati qui sera élu vice-président ou vice versa. C’est dire à quel point les résultats du scrutin sont incertains à Baabdate où l’on s’emploie depuis quelque temps à calculer le nombre de voix que chaque famille (Melki, Abou Diwan, Corbani...) peut apporter. Les deux parties se gardent bien de révéler les noms de leurs candidats pour pouvoir garder en main tous les atouts. A Baabdate, la guerre est bel et bien déclarée.
Comme une grande partie des localités du Metn, Baabdate, Broummana et Beit-Méry-Aïn Saadé affûtent leurs armes en prévision de la bataille du dimanche, qui mettra face à face dans chacune d’elles deux listes rivales, ayant ceci en commun: elles se situent presque toutes dans le camp de l’opposition. Mais si tout est déjà prêt à Broummana et à Beit-Méry, on ne peut pas en dire autant de Baabdate où la fièvre électorale est à son paroxysme et où l’on attend toujours que les deux listes, qui s’affronteront dimanche, soient annoncées. Dans les élections municipales de ces trois localités du Metn-Nord, il est évident que c’est le facteur familial qui entre en jeu, beaucoup plus que le facteur politique, ce qui peut être attribué à l’absence de partis et à l’importance des susceptibilités locales...