Officiellement fermée le 27 août 1994 à la suite de l’attentat de Marrakech au cours duquel 2 touristes espagnols furent tués par des terroristes algériens, la frontière terrestre algéro-marocaine est devenue au fil des mois une «passoire totalement contrôlée» que seuls les habitants des communes mitoyennes peuvent quotidiennement franchir en toute quiétude. Si les quelques routes goudronnées qui relient les deux pays sont en effet solidement barrées, que ce soit dans le nord fertile, entre la mer Méditerranée et Oujda, ou 450 km plus au sud, entre les palmeraies de Béchar et Figuig, les innombrables chemins de traverse qui souvent enjambent les oueds frontaliers n’ont pas changé d’aspect depuis près de 20 ans. «Ici, raconte un responsable du village de Beni Drar, à une vingtaine de kilomètres au nord d’Oujda, nous avons toujours vécu loin de la politique. Des Algériens vivent chez nous, des Marocains vivent en Algérie, et presque tout le monde, des deux côtés, a au moins un membre de sa famille en face. Alors, vous comprenez, il faut bien que les familles se voient». De fait, ces contacts algéro-marocains n’ont jamais été interrompus, même en période de tensions, d’abord entre 1975 et 1989, pendant la première longue fermeture de la frontière terrestre, puis fin août 1994, lorsque les autorités algériennes répliquèrent par un nouveau bouclage à la décision marocaine d’imposer un visa d’entrée à leurs ressortissants au lendemain de l’attentat. Mais cette «frontière passoire», jalonnée de-ci de-là de quelques rares postes d’observation militaires, est cependant totalement contrôlée puisque seule la population avoisinante peut vraiment la traverser sans encombre. «Aucun étranger ne peut s’aventurer de l’autre côté sans être immédiatement repéré et questionné», explique ainsi un petit commerçant du même village, largement reconverti depuis 1994 dans le commerce d’essence d’origine algérienne grâce auquel il gagne très correctement sa vie. «Vous pensez bien, ajoute-t-il, que personne ne veut voir la frontière réellement se fermer, avec des soldats partout, en laissant entrer des armes ou des islamistes». Mais ce contrôle des étrangers ne signifie pas leur refoulement systématique. A une centaine de kilomètres de là en effet, dans la petite enclave espagnole de Melilla, plus de 300 «clandestins» algériens croupissent depuis souvent plus d’un an sous des tentes, sans eau courante et dans des conditions d’hygiène épouvantables. Tous ont versé l’équivalent de 300 à 1.000 FF à un douanier ou à un policier marocain, non pas pour entrer au Maroc, mais pour pouvoir en sortir en direction de l’enclave espagnole. Ils affirment avoir fui l’insécurité qui règne en Algérie et tentent de se présenter aux autorités espagnoles comme des réfugiés politiques. Ils attendent donc une très hypothétique autorisation d’entrée vers l’Europe et, le plus souvent, un rapatriement forcé par bateau sur Oran qui n’empêchera pas certains de tenter une nouvelle fois leurs chances. (AFP - Reuters)
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