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Actualités - Chronologie

L'homme entre dans la révolution biolithique

Quel rapport entre un clone comme la brebis Dolly, un stimulateur cardiaque et un tamagotchi, ce jouet électronique qui simule une vie animale? Tous sont des signes annonciateurs d’un bouleversement décrit par Hervé Kempf dans un livre qu’il vient de publier, «La révolution biolithique — Humains artificiels et machines animées» (Albin Michel). «Nous vivons une mutation technique dont l’importance ne peut être comparée qu’à la révolution néolithique qui, il y a 12.000 ans, a fait passer l’humanité de la chasse et de la cueillette à l’agriculture avec la volonté de maîtriser l’environnement», déclare l’auteur. Selon lui, «l’humanité a achevé l’entreprise de maîtrise de son environnement naturel ouverte avec la révolution néolithique; elle s’engage maintenant dans une entreprise de maîtrise des propriétés biologiques à la matière inerte (...) Nous ne changeons pas de monde, nous changeons d’être». «Biolithique» est forgé à partir du mot «bio» pour vie et «lithos» pour minéral: pendant que les progrès de la diologie promettent des greffes de peau artificielle ou des distributeurs automatiques d’insuline à l’intérieur du corps pour les diabétiques, ceux de l’informatique et de la robotique annoncent non seulement des microrobots médecins qui se faufileront dans nos artères mais aussi des machines intelligents capables de vrais dialogues avec l’homme et peut-être de se reproduire. Cette convergence entraîne un effacement progressif des frontières entre l’homme et la machine, et même entre la vie et la matière inanimée, estime l’auteur. Biodiversité artificielle Le plus troublant est que certains scientifiques proposent de considérer comme vivants, car présentant les mêmes capacités d’autonomie, de développement et de reproduction que tout organisme biologique, des «avatars» informatiques tels que les «virus» ou d’autres types de programmes. «Dans l’univers virtuel du cyberespace, des programmes autonomes deviendront un peu comme nos doubles numériques», dit Hervé Kempf, journaliste scientifique à La Rercherche. On est bien loin des tamagotchis. Un chercheur de l’Institut Pasteur cité dans le livre prévoit l’apparition d’une «biodiversité artificielle» et estime que l’extinction des espèces naturelles sera «contrebalancée par un vaste processus de création de nouvelles espèces». «L’occident s’est bâti sur l’idée d’une coupure forte entre l’homme et la nature, l’homme et l’animal, l’homme et la machine. Celle séparation a fait avancer la connaissance scientifique et donc la société née du néolithique. Mais cette séparation stricte atteint ses limites. Cette approche ne permet plus de répondre aux défis moraux qui sont posés par le progrès même de la connaissance scientifique qu’elle a permis», explique Hervé Kempf. Tous des cyborgs Nous sommes déjà entrés dans l’ère des cyborgs», ces hommes dont le corps a été modifié, le plus souvent par l’apport d’un dispositif artificiel. Pour l’instant, rien de très impressionnant: «tout humain qui porte une prothèse de la hanche ou une dent articielle est un cyborg», fait-il remarquer. Mais il est difficile d’imaginer des limites à cette évolution. «Les portes ouvertes ne se refermeront plus», dit Hervé Kempf, qui prévoit, «d’ici une ou deux générations, des prothèses cérébrales efficaces pour remplir certaines fonctions mentales». «Plus que des limites techniques, c’est une question de limites sociales et éthiques», insiste-t-il. «L’éventualité que les techniques biolithiques provoquent une catastrophe dépend du contrôle social exercé sur elles. Donc une condition de leur développement — l’absence de catastrophe — dépend paradoxalement du contrôle qu’on leur imposera», dit-il. Selon lui, «de même que le néolithique avait bouleversé l’organisation de la société humaine, avec l’apparition des Etats par exemple, on peut pressentir que la révolution biolithique, qui est en cours, va elle aussi transformer les sociétés humaines». Impossible de savoir vers quel type de société nous entraînent nos propres progrès techniques. «Le premier homme qui a cultivé un champ de blé ne savait pas si cela déboucherait sur les dynasties égyptiennes ou la démocratie grecque», note Hervé Kempf. Cette évolution n’est pas exempte de dangers. «Elle n’est pas en soi bonne ou mauvaise. Tout dépend du type de société dans lequel on veut vivre», déclare l’auteur. (Reuters)
Quel rapport entre un clone comme la brebis Dolly, un stimulateur cardiaque et un tamagotchi, ce jouet électronique qui simule une vie animale? Tous sont des signes annonciateurs d’un bouleversement décrit par Hervé Kempf dans un livre qu’il vient de publier, «La révolution biolithique — Humains artificiels et machines animées» (Albin Michel). «Nous vivons une mutation technique dont l’importance ne peut être comparée qu’à la révolution néolithique qui, il y a 12.000 ans, a fait passer l’humanité de la chasse et de la cueillette à l’agriculture avec la volonté de maîtriser l’environnement», déclare l’auteur. Selon lui, «l’humanité a achevé l’entreprise de maîtrise de son environnement naturel ouverte avec la révolution néolithique; elle s’engage maintenant dans une entreprise de maîtrise...