La dernière prise d’otages en Somalie, qui s’est achevée vendredi sans effusion de sang, a un peu plus encore ébranlé l’avenir des opérations humanitaires dans ce pays pauvre de l’Afrique de l’Est, déchiré depuis plusieurs années par des luttes intestines. Outre qu’elle a ravivé les rivalités des chefs de guerre somaliens et relégué au second plan leurs efforts de paix, la capture par des miliciens de dix travailleurs humanitaires, le 15 avril, a eu pour première conséquence le départ rapide du personnel expatrié de plusieurs organisations humanitaires. Ceux-ci ont ainsi voulu protester contre l’enlèvement, tout en manifestant leurs craintes pour leur propre sécurité. Les vols humanitaires à destination de Mogadiscio ont également été interrompus. De nombreux programmes d’aide aux Somaliens ont donc, de facto, été suspendus, seules certaines actions de secours d’urgence restant assurées par le personnel local des agences humanitaires et caritatives, comme l’alimentation thérapeutique des enfants. Ce gel de l’aide intervient alors que des dizaines de milliers de personnes sont sans abri et que 60.000 hectares de terres agricoles ont été détruits par les graves inondations qui ont frappé le pays entre octobre et janvier derniers. Selon les agences de secours, les intempéries ont provoqué la mort de 2.452 personnes, noyées ou victimes des maladies propagées par les inondations. Plus de 9.000 cas de choléra ont ainsi été recensés. Qui plus est, tout risque de nouvelles inondations n’est pas écarté. Dans ce contexte, l’aide internationale apparaît cruciale. Deux jours après l’enlèvement, les 53 pays membres de la Commission des droits de l’homme de l’ONU appelaient d’ailleurs la communauté internationale à ne pas abandonner la population somalienne, dans une résolution adoptée sans vote. Toutefois, dans la région, des analystes expriment aujourd’hui la crainte de voir les donateurs se raréfier à la suite de ce nouvel enlèvement, qui a eu de nombreux précédents depuis le départ des derniers Casques bleus de l’ONU, en mars 1995. Gardes du corps Ce n’est pas non plus la première fois que la violence pousse les travailleurs humanitaires à quitter la Somalie: en décembre dernier ils s’étaient retirés de Mogadiscio et de la région voisine de Shabelle après l’attaque — et le pillage — des locaux d’une organisation italienne, CINS, dont deux membres avaient été retenus en otages toute une nuit. Depuis, les organisations de secours ont encore renforcé les mesures de sécurité entourant leur personnel, systématiquement protégé par des gardes du corps. Ces précautions accrues n’ont pas suffi à empêcher la capture par des miliciens Daoud (subdivision du clan Abgal) des dix employés de la Croix-Rouge et du Croissant rouge, à leur arrivée à Mogadiscio, le 15 avril. Ils venaient précisément pour étudier plusieurs projets pour la Somalie, depuis lors mis en suspens. Leurs gardes du corps ont évité la confrontation quand les ravisseurs sont arrivés à bord de quatre pick-up lourdement armés sur la piste de l’aérodrome du nord de Mogadiscio, en tirant en l’air. Officiellement aucune rançon n’a été versée pour obtenir la libération des otages, tous relâchés vendredi sains et saufs, au terme de neuf jours de captivité. Les «frais» des ravisseurs Seule une somme d’argent correspondant aux «frais» des ravisseurs aurait été déboursée: 50.000 dollars, selon des «anciens» des clans somaliens ayant participé aux négociations, 150.000 selon des miliciens Daoud. Sans compter, selon des sources dignes de foi, l’argent extorqué par les miliciens, pour l’achat de cigarettes et de khat (une plante narcotique), aux visiteurs autorisés chaque après-midi à apporter de la nourriture et de l’eau aux otages. Mais, au départ, les auteurs de l’enlèvement avaient réclamé un million de dollars pour délivrer leurs prisonniers, qu’ils avaient menacé d’exécuter si leurs revendications n’étaient pas satisfaites. Pour certains Somaliens, les enlèvements, devenus monnaie courante, s’assimilent à une source de revenus facile dans ce pays où règne la loi du plus fort et qui est sans gouvernement central depuis la chute du dernier président somalien reconnu par la communauté internationale, Mohammad Siad Barré, en 1991. Au début de l’année, les propriétaires d’un bateau bulgare ont ainsi payé 130.000 dollars à des pirates somaliens pour obtenir la libération des onze membres de l’équipage. Ceux-ci pris en otages à la mi-janvier n’ont été libérés qu’un mois plus tard. Un journaliste somalien de Mogadiscio estime que les prises d’otages et pillages actuels ne sont qu’une version moderne d’une tradition ancestrale: le vol des chameaux des clans rivaux, alors considéré comme une preuve de la bravoure et de la virilité de celui qui le commettait. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La dernière prise d’otages en Somalie, qui s’est achevée vendredi sans effusion de sang, a un peu plus encore ébranlé l’avenir des opérations humanitaires dans ce pays pauvre de l’Afrique de l’Est, déchiré depuis plusieurs années par des luttes intestines. Outre qu’elle a ravivé les rivalités des chefs de guerre somaliens et relégué au second plan leurs efforts de paix, la capture par des miliciens de dix travailleurs humanitaires, le 15 avril, a eu pour première conséquence le départ rapide du personnel expatrié de plusieurs organisations humanitaires. Ceux-ci ont ainsi voulu protester contre l’enlèvement, tout en manifestant leurs craintes pour leur propre sécurité. Les vols humanitaires à destination de Mogadiscio ont également été interrompus. De nombreux programmes d’aide aux Somaliens ont...