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Actualités - Chronologie

Tout Delacroix au Grand Palais à Paris

Coloriste, orientaliste, romantique, pré-impressionniste, Delacroix fut tout cela et un peu plus encore, et les différentes expositions montées à l’occasion du bicentenaire de sa naissance l’attestent. Eugène Delacroix eut déjà les honneurs d’une rétrospective au Louvre en 1963. Mais le prétexte était là, le centenaire de sa mort. Les commissaires de l’exposition du Grande Palais rappellent que l’on ne compte plus le nombre d’ouvrages sur Delacroix. Il semblerait donc que tout a été dit mais les commissaires mettent en avant un «projet qui ambitionne de découvrir — ou plutôt de redécouvrir — l’essentiel d’un artiste à partir des peintures et des dessins réalisés dans les dernières années de sa vie...». La période couverte par l’exposition du Grand Palais s’étend de 1850 à 1863. L’inattendu ou le méconnu de l’œuvre de l’artiste de la place Furstenberg est privilégié. La manifestation repose en outre sur un postulat: Delacroix, vilipendé quand il était romantique, reçoit enfin une consécration officielle lors de l’exposition universelle de 1855; mais ce succès, relatif car une partie de la critique continue de le bouder, coïncide avec une profonde remise en question. Pourquoi pas? En tous les cas, les œuvres exposées au Grand Palais interprètent de multiples thèmes: la littérature, la mythologie, la religion, l’Histoire, la chasse et, peut-être avant tout, le Maroc dépeint à travers les souvenirs d’un voyage effectué en 1832. L’exposition s’ouvre sur une déclinaison de scènes de chasse violentes et tourmentées, référence directe — en cela — au romantisme des œuvres de jeunesse. Sérénité polychrome Les fauves apparaissent comme des forces de la nature que l’homme (les chasseurs) a le plus grand mal à dominer. Les griffes et les dents démesurées de fauves tout en muscles, en fougue et en nervosité les subjuguent. La palette est aussi violente que le sujet. Soigneusement élaborée, comme en témoigne son Journal, elle justifie en tout point le qualificatif de coloriste appliqué à Delacroix, que loueront Théophile Gautier ou Charles Baudelaire, alors que d’autres critiques plus conservateurs en seront tout retournés et même scandalisés. L’apaisement vient ensuite avec les paysages et les bouquets de fleurs. Rien de plus opposé à la fureur des chasses au lion qu’un «Coin de jardin» au pastel. Quoique, le trait demeure toujours aussi vigoureux. Le trajet passe ensuite par les étapes des sujets mythologiques, allégoriques, littéraires et historiques. Car Delacroix était un artiste cultivé et si le pinceau exprimait l’Art lui-même, sa plume révélait ce qu’il en pensait. Pour autant, ses sources d’inspiration littéraire sont restreintes. Mais ce sont des références, au moins à l’époque: Byron, Dante (avant Rodin), Arioste, Shakespeare, Walter Scott, le Tasse, Ovide. Une sérénité polychrome, un air d’Arcadie, telles sont les impressions qui se dégagent de la contemplation des œuvres de la livraison marocaine. «Chevaux sortant de la mer» synthétise l’amour de Delacroix pour les équidés et l’élément marin. Ce dernier sera magistralement traité en variations vertes et bleues dans la suite des «Christ sur le lac de Génésareth» où les éléments déchaînés et le désarroi des disciples contrastent énergiquement avec le sommeil christique. L’œil faux ou inerte Cette même violence, exprimée ou contenue, couve dans la patine lumineuse ou sourde des visions du Christ transposées sur la toile de Delacroix. L’exposition se clôt sur les «œuvres ultimes», en un moment où Delacroix travaille à la chapelle des Saints-Anges de l’église Saint-Sulpice. «... Tous les yeux ne sont pas propres à goûter les délicatesses de la peinture. Beaucoup ont l’œil faux ou inerte; ils voient littéralement les objets, mais l’exquis, non», écrit-il, au soir de sa vie. L’exposition du Grand Palais, qui durera jusqu’au 20 juillet avant de partir pour Philadelphie, est l’un des jalons, sans doute le plus important, du parcours de l’amateur de Delacroix. Ce dernier pourra suivre son «trait romantique» à la Bibliothèque nationale, assister à la «naissance d’un nouveau romantisme» au musée des Beaux-Arts de Rouen ou goûter le «roman d’une amitié» (celle de Delacroix pour Frédéric Villot) au charmant musée de la place Furstenberg. La maison natale de Delacroix, à Saint-Maurice (Val-de-Marne), sera pour l’occasion revêtue de ses atours d’antan. (Reuters).
Coloriste, orientaliste, romantique, pré-impressionniste, Delacroix fut tout cela et un peu plus encore, et les différentes expositions montées à l’occasion du bicentenaire de sa naissance l’attestent. Eugène Delacroix eut déjà les honneurs d’une rétrospective au Louvre en 1963. Mais le prétexte était là, le centenaire de sa mort. Les commissaires de l’exposition du Grande Palais rappellent que l’on ne compte plus le nombre d’ouvrages sur Delacroix. Il semblerait donc que tout a été dit mais les commissaires mettent en avant un «projet qui ambitionne de découvrir — ou plutôt de redécouvrir — l’essentiel d’un artiste à partir des peintures et des dessins réalisés dans les dernières années de sa vie...». La période couverte par l’exposition du Grand Palais s’étend de 1850 à 1863....