Sergueï Kirienko, dont les députés examinent vendredi la candidature au poste de premier ministre, est un technocrate libéral de 35 ans au visage poupin, que le président Boris Eltsine veut installer à la barre de la Russie en dépit de son peu d’expérience. Le maître du Kremlin a créé la stupéfaction en annonçant le 23 mars avoir choisi ce quasi-inconnu pour succéder à Viktor Tchernomyrdine, un vieux routard de la politique remercié brutalement après cinq ans de bons et loyaux services comme chef de gouvernement. M. Eltsine a alors souligné que M. Kirienko était un «technocrate», et c’est vraisemblablement ce qui a séduit le vieux président, visiblement irrité par les ambitions présidentielles qu’affichait de plus en plus ouvertement M. Tchernomyrdine. Même Sergueï Kirineko, un homme de petite taille chaussé de lunettes et au sourire affable, a reconnu tomber des nues en apprenant sa nomination. La veille au soir, quand M. Eltsine l’avait fait convoquer dans son bureau, le jeune ministre de l’Energie avait fébrilement «potassé» ses dossiers, croyant qu’on lui demanderait un rapport quelconque. Le président russe lui a en fait proposé d’assurer la gestion du plus vaste pays du monde et de la deuxième puissance nucléaire de la planète. «C’est effrayant, proprement effrayant, mais la peur n’est pas toujours une mauvaise chose», a alors confié M. Kirienko. L’inexpérience du premier ministre par intérim est le principal reproche des députés, qui devraient rejeter sa candidature, au moins en première lecture. Un jeune businessman «La nomination de Kirienko menace la sécurité du pays: l’état de santé de Eltsine laisse à désirer, et au cas où il ne serait pas en mesure de remplir ses fonctions, ce serait à Kirienko de les assumer, ce dont il est incapable», a affirmé le chef de l’opposition communiste Guennadi Ziouganov. Né le 27 juillet 1962 à Soukhoumi (Géorgie), ingénieur diplômé de l’Institut des chemins de fer de Gorki (rebaptisée aujourd’hui Ni jni-Novgorod), Sergueï Kirienko, en jeune homme ambitieux, a été chef des Jeunesses communistes (Komsomol) de cette ville avant de diriger la banque Garantie. Le jeune businessman entre ensuite dans l’équipe du gouverneur réformateur Boris Nemtsov, étoile montante de la politique russe dont il suit désormais la carrière. M. Kirienko préside en 1996 la compagnie pétrolière NORSI, avant de devenir en mars 1997 vice-ministre de l’Energie, puis ministre en novembre. Le FMI et les milieux d’affaires occidentaux ne tarissent pas d’éloge sur ce représentant de la nouvelle génération de responsables russes: formé à l’école de l’entreprise, pragmatique, libéral. «Les détracteurs de M. Kirienko lui reprochent sa jeunesse et son manque relatif d’expérience. Mais de quelle expérience parlent-ils: celle qui consiste à passer des années dans un ministère étouffant?» relevait Blake Marshall, vice-président du Conseil des affaires russo-américain, dans une récente tribune publiée par le Washington Post. Reste un mystère: quel genre de premier ministre serait Sergueï Kirienko. Technocrate efficace et effacé, entièrement dévoué à Boris Eltsine, comme l’intéressé aime à en donner l’image? Ou bien homme politique matois en dépit de son jeune âge, comme le suggèrent les petites phrases assassines par lesquelles M. Kireinko a déjà pris ses distances depuis deux semaines de son ancien mentor Boris Nemtsov et de son prédécesseur Viktor Tchernomyrdine? (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sergueï Kirienko, dont les députés examinent vendredi la candidature au poste de premier ministre, est un technocrate libéral de 35 ans au visage poupin, que le président Boris Eltsine veut installer à la barre de la Russie en dépit de son peu d’expérience. Le maître du Kremlin a créé la stupéfaction en annonçant le 23 mars avoir choisi ce quasi-inconnu pour succéder à Viktor Tchernomyrdine, un vieux routard de la politique remercié brutalement après cinq ans de bons et loyaux services comme chef de gouvernement. M. Eltsine a alors souligné que M. Kirienko était un «technocrate», et c’est vraisemblablement ce qui a séduit le vieux président, visiblement irrité par les ambitions présidentielles qu’affichait de plus en plus ouvertement M. Tchernomyrdine. Même Sergueï Kirineko, un homme de petite taille...