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Actualités - Chronologie

Roças à Sao Tomé

Nichée au cœur de la forêt équatoriale, la roça (plantation) Agosthino Neto, une des plus importantes exploitations cacaoyères de Sao Tomé, témoigne aujourd’hui de la grandeur et décadence de l’archipel qui fut, à la fin du siècle dernier, le premier producteur africain de cacao. Les exportations de cacao de Sao Tomé et Principe sont ainsi passées de 11.400 tonnes en 1900, soit 11,5% de la production mondiale de l’époque, à environ 4.500 en 1996, pour un montant de cinq millions de dollars. La roça Agosthino Neto, qui est aujourd’hui gérée par un collectif de Sao-Toméens, après avoir été collectivisée à la fin des années 70 par le régime marxiste-léniniste, puis re-privatisée en 1990, n’est plus que l’ombre de sa splendeur de jadis. Après des kilomètres de route dans une forêt dense, le visiteur est accueilli à l’entrée du domaine par un enfant dépenaillé qui, moyennant quelques dobras (la monnaie locale), actionne le mécanisme d’une antique et sommaire barrière de bois. Le décor qui s’offre alors aux yeux est tout à fait étonnant: une route entièrement pavée de main d’esclave et bordée de cacaoyers aux feuilles vert tendre traverse sur près d’un kilomètre la roça qui s’étend sur plusieurs centaines d’hectares. De part et d’autre de cette allée majestueuse, sont réparties diverses constructions qui furent tout autant splendides mais qui, faute d’entretien, ont subi l’outrage du temps: la demeure du maître – de loin la plus belle –, les pavillons des ouvriers, une école et une église dont la croix blanche se découpe sur le ciel bleu. Enfin, tout au sommet de la colline, surplombant l’ensemble, se dresse l’hôpital, ensemble architectural surprenant tant par sa beauté que par ses proportions. «Serviçais» «Avant l’indépendance de Sao Tomé, en 1975, les roças constituaient des mondes à part qui se suffisaient à eux-mêmes, explique un habitant sao-toméen de l’île, passionné d’histoire. Les esclaves y exerçaient tous les métiers nécessaires à la marche autonome de la plantation, puis, à l’abolition de l’esclavage, en 1869, les anciens esclaves partirent et furent remplacés par des «serviçais» venus d’Angola. «Malgré l’implacable férule des maîtres portugais et les maigres salaires, un certain service social était assuré aux travailleurs, comme l’accès gratuit aux soins et à la scolarisation des enfants», explique-t-il. «Juridiquement, note Philippe Fessard, un Français établi depuis plusieurs années à Sao Tomé et spécialiste de l’île, ces ‘serviçais’ étaient des travailleurs sous contrat, donc libre, mais en pratique aucun ne retournait jamais en Angola. Ils étaient donc prisonniers de l’île». «Avec la fin de la colonisation et la radicalisation du régime du président Pinto da Costa à la fin des années soixante-dix, les roças ont été collectivisées et gérées selon les principes bureaucratiques en vigueur à Moscou, poursuit le spécialiste. Autrement dit, la production n’en finissait pas de chuter en même temps que les structures se dégradaient rapidement». Aujourd’hui, et malgré la privatisation de cette roça, l’hôpital de briques rouges n’est plus qu’une coquille vide. Les mauvaises herbes ont envahi l’allée et des enfants en haillons et le ventre gonflé par la malnutrition viennent mendier quelques dobras. «Les familles de la centaine de travailleurs qui n’ont pas émigré vers la capitale Sao Tomé sont extrêmement pauvres, reconnaît un contremaître de l’exploitation. Le salaire moyen de ces employés dépasse rarement les 210.000 dobras (30 dollars) par mois et pourtant ceux-là ont choisi de rester par nostalgie et la grandeur passée ou plus vraisemblablement par peur du chômage qui règne sur toute l’île, y compris dans la capitale». De nos jours, la décrépitude a frappé la dizaine de roças encore en activité et la chute mondiale des cours du cacao ne laisse que peu d’espoirs à ce qui était devenu la seule activité économique de l’île depuis l’interdiction de la Traite des noirs, c’est-à-dire de la déportation d’Africains vers le Nouveau Monde, en 1836. (AFP)
Nichée au cœur de la forêt équatoriale, la roça (plantation) Agosthino Neto, une des plus importantes exploitations cacaoyères de Sao Tomé, témoigne aujourd’hui de la grandeur et décadence de l’archipel qui fut, à la fin du siècle dernier, le premier producteur africain de cacao. Les exportations de cacao de Sao Tomé et Principe sont ainsi passées de 11.400 tonnes en 1900, soit 11,5% de la production mondiale de l’époque, à environ 4.500 en 1996, pour un montant de cinq millions de dollars. La roça Agosthino Neto, qui est aujourd’hui gérée par un collectif de Sao-Toméens, après avoir été collectivisée à la fin des années 70 par le régime marxiste-léniniste, puis re-privatisée en 1990, n’est plus que l’ombre de sa splendeur de jadis. Après des kilomètres de route dans une forêt dense, le visiteur...