L’avènement de l’euro et son corollaire, le renoncement de chaque Etat à battre monnaie, relancent en France le débat sur le devenir politique de l’Union européenne opposant partisans d’une Europe fédérale à ceux d’un agrégat d’Etats-nations. Pour l’ancien président libéral, Valéry Giscard d’Estaing, la création de l’euro «est un acte fédéral» ne pouvant qu’entrer en contradiction avec la promotion d’une Europe des nations. «On ne peut faire l’euro et en même temps faire marche arrière en disant que l’on est en train d’organiser l’Europe des nations», a-t-il expliqué sur la radio privée Europe 1. Une conception qui prend le contre-pied de certains raisonnements des amis de l’actuel président, Jacques Chirac, défendu également par une partie de la gauche, pour lesquels il n’y a de construction européenne que dans le cadre d’un rapprochement d’Etats-nations. «L’Europe élargie devra se construire sur la base des identités nationales», assure l’ancien ministre de la Justice du général de Gaulle, Alain Peyrefitte, dans un éditorial du quotidien conservateur «Le Figaro». La mise en circulation de l’euro, dès le 1er janvier prochain, rétorquent les partisans de la monnaie unique, ne procède pas de l’abandon de souveraineté nationale — déjà très largement écornée par de multiples systèmes de solidarité et de régulation des monnaies entre elles — mais, au contraire, renforce chacune de ces souverainetés. Ils y voient l’avantage de créer une «Europe puissance» dans laquelle chacun de ses éléments renforce l’autre, évitant ainsi une domination d’un pays sur un autre, de l’Allemagne par exemple sur ses partenaires. Des compromis Cette vision, d’abord monétariste, ne se suffisant pas à elle seule, suscite d’autres mises en commun de souveraineté, selon eux. Ce que Valéry Giscard d’Estaing appelle la construction d’une Europe fédérative, c’est-à-dire communautarisant certains de ses intérêts nationaux (la monnaie, la défense, la politique étrangère, etc.), avant d’être, un jour, fédérale. Un concept sans avenir, selon Alain Peyrefitte, qui rappelle le «compromis de Luxembourg», selon lequel tout pays membre de l’UE peut s’opposer à une décision communautaire qui menacerait ses intérêts vitaux. Ce compromis a été voulu par le général de Gaulle en janvier 1966 après sept mois de politique de chaise vide de la France dans les instances européennes pour éviter de se faire imposer un budget agricole par l’Europe. L’Union européenne d’aujourd’hui est née d’une succession de compromis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale entre certains pays du vieux continent, au premier rang desquels la France et l’Allemagne. Ainsi de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) de 1950 est née la Communauté économique européenne (CEE) en 1957, d’abord entre six Etats, puis neuf, puis dix, puis douze, pour se transformer en Union européenne (UE) en 1992, qui compte aujourd’hui quinze Etats-membres et probablement une trentaine dans les deux prochaines décennies. A chaque étape, les Etats membres ont dû abandonner des parcelles de leur souveraineté, difficilement pour la France et la Grande-Bretagne, mais plus facilement pour l’Allemagne fédérale ou les petits Etats du nord. A cet égard, l’euro est autant une monnaie unique qu’un pari, en ce sens qu’il peut aussi bien accélérer la construction d’une Europe unie et puissante comme la faire imploser. C’est en partie pour se prémunir contre ce risque que la France a plaidé et obtenu la création d’un «Conseil de l’euro» pour que l’UE jette un regard politique sur la Banque centrale européenne (BCE), en charge de gérer l’euro, bien que son indépendance soit garantie. Un compromis de plus, destiné à faire avancer la construction européenne. (AFP)
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